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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable."

16 Apr

"La démocratie n’est pas à vous. Elle était déjà à nous. Mais parlons-nous."

" La démocratie n’est pas à vous. Elle était déjà à nous. Mais parlons-nous. "

 

À propos de "La Nation arabe et la démocratie" de Stéphane Parédé :

 

1. Sortir du récit de la séparation

On oppose trop souvent deux blocs : ici la démocratie, la République, les droits. Là-bas, le monde arabo-musulman. Comme si l’Histoire avait tranché. Comme si les Lumières avaient un monopole géographique.

 

Stéphane Parédé refuse cette géographie des idées. Dans "La Nation arabe et la démocratie", il cite Tocqueville, il cite Rousseau. Non pour s’excuser d’exister. Mais pour montrer que la conversation est ancienne, commune, et qu’elle a commencé bien avant 1789.

 

2. Trois dates, une seule inquiétude : comment vivre ensemble ?

 

622, Médine. La Charte de Médine est le premier texte constitutionnel du monde arabo-musulman. Elle organise une cité plurielle : musulmans, juifs, païens. Droits réciproques, devoirs réciproques, règlement des conflits par la consultation. Le mot est shura. Le principe est démocratique : le pouvoir se parle, se limite, se partage. 1200 ans avant nos déclarations modernes, l’idée que la légitimité naît du pacte est déjà là.

 

Xᵉ siècle, Bagdad. Al-Farabi écrit "La Cité vertueuse". Il commente Platon et Aristote. Il décrit un État dont la finalité est le bonheur collectif, dont le fondement est la justice. Une cité tombe, dit-il, quand elle cesse d’être juste. La philosophie politique n’a pas de nationalité. Elle a une angoisse commune : comment bâtir une société qui n’écrase personne ?

 

1834, Paris puis Le Caire.Rifa’a al-Tahtawi, cheikh formé à Al-Azhar, découvre les institutions françaises. Il rentre et écrit : il nous faut l’école, pour tous, pour les filles aussi. Il nous faut un État qui éduque, qui protège, qui égalise. Il ne voit pas une rupture avec sa tradition. Il y voit une confirmation. Une traduction moderne de principes anciens.

 

3. Le fil rouge : justice sociale, socialisme arabe, unité

 

Ce que Parédé appelle unité arabe ne tient ni à la race ni à la langue seule. Elle tient à un projet. Le même que portaient panarabisme et panislamisme par-delà leurs divergences : la justice sociale.

 

C’est la leçon d’Ibn Khaldoun : un État injuste meurt. Toujours. L’économie se tarit, la solidarité – asabiyya – se rompt, le pouvoir s’effondre.  

C’est le sens du socialisme arabe tel que Parédé le réactive : non pas une copie de Marx, mais l’idée que l’intérêt général prime, que la terre, l’eau, l’école, la santé ne peuvent être laissées au seul marché. Que la zakât a une traduction institutionnelle moderne.

 

L’unité arabe, dans cette lecture, n’est pas ethnique. Elle est éthique. Elle est sociale. Elle est un contrat : on s’unit sur la justice, ou on se disperse dans la tyrannie.

 

4. Le test de vérité : les droits des femmes

 

Comment sait-on si une démocratie est réelle ? Si une République tient debout ? On regarde la place des femmes.  

Parédé est clair : il n’y a pas de Nation arabe démocratique sans égalité pleine et entière. Éducation, héritage, représentation, corps. L’égalité n’est pas un supplément d’âme offert à la modernité. Elle est la condition d’existence de la _cité vertueuse_ de Farabi. Elle est la conséquence logique de la réforme de Tahtawi.

 

Une démocratie sans femmes est une dictature qui s’ignore. Une République qui les exclut n’est pas une République.

 

5. Le bloc inséparable : Démocratie, République, Éducation, Droits fondamentaux

 

Ce que Parédé démontre, sources à l’appui, c’est que démocratie, éducation, droits des femmes, droits fondamentaux, justice sociale* forment un bloc. Et que ce bloc est consubstantiel à la pensée arabo-musulmane.  

La shura est une forme de délibération. Les maqasid al-sharia – les finalités du droit – protègent la vie, la raison, la religion, la propriété, la filiation : ce sont des droits fondamentaux. La cité vertueuse est une République au sens strict : la chose publique, le bien de tous.

 

Dire que le monde arabe doit "importer la démocratie", c’est ignorer ses archives. C’est confondre naissance et reconnaissance.

 

6. Et maintenant ?

"La Nation arabe et la démocratie" n’est pas un point final. C’est une première pierre.  

La suite ne s’écrira pas dans un article. Elle s’écrira dans la controverse féconde, dans la lecture croisée, dans la délibération – la shura contemporaine.

 

Historiens, juristes, philosophes, journalistes, citoyens : la table est mise. La Charte de Médine et le Contrat social peuvent s’y lire ensemble. L’esprit de Farabi et celui des Lumières peuvent s’y éclairer mutuellement.

 

Un cycle de rencontres est en préparation pour prolonger cette réflexion. Car l’Histoire nous a donné des textes en commun. À nous, maintenant, d’écrire la suite. En commun.

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