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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable."

08 Aug

JOUR V / XII L'eau volée Non, ce n'est pas la sécheresse. C'est le vol.

JOUR V / XII

L'eau volée

Non, ce n'est pas la sécheresse. C'est le vol.

On vous a fait croire que l'Andalousie est aride par nature. Mensonge. L'Andalousie est le jardin de l'Europe. Elle l'a été pendant 800 ans parce que les Andalous savaient voler l'eau au désert.

Blas Infante l'a vu, lui, fils de notaire, qui lisait les actes d'eau comme les actes de terre.

Il a vu quoi ? Il a vu les norias de Cordoue qui tournaient jour et nuit. Les acequias de Grenade, dessinées par des ingénieurs berbères, qui amenaient la neige de la Sierra Nevada jusqu'à la plaine. Les qanats, les algibes. Un peuple qui ne priait pas pour la pluie, qui l'organisait.

Et il a vu qui a tout cassé.

1492, encore. Quand vous volez la terre, vous volez l'eau. Les Rois Catholiques n'ont pas seulement donné les terres aux ducs. Ils leur ont donné les eaux. Le repartimiento de l'eau. Le droit de barrer la rivière. Le droit de dire : cette eau est à moi, et si tu as soif, tu paieras.

Le latifundio a asséché l'Andalousie. Pas le soleil. Le maître.

Et aujourd'hui ? Le latifundio a changé de nom. Il s'appelle fraise de Huelva. Il s'appelle golf de Marbella. Il s'appelle 30 000 forages illégaux qui pompent Doñana, le poumon de l'Andalousie, pour envoyer des tomates cerises en camion à Düsseldorf en janvier.

On pompe la nappe à 300 mètres. Les villages à côté n'ont plus d'eau au robinet en août. On appelle ça "modernisation agricole". Blas appelait ça ce que c'est : un crime.

À Almería, la mer de plastique. 40 000 hectares sous bâche. Des ouvriers marocains qui cueillent à 50 degrés pour 35 euros la journée, sans eau potable sur la parcelle. L'eau du désert, volée au désert, pour nourrir le Nord qui nous donne des leçons d'écologie.

Et au Gharb, au Souss, même chaîne. L'avocatier qui boit 1000 litres pour un kilo, planté par un fonds émirati, pendant que le fellah voit son puits tari.

Même vol. Même maître. La chaîne au pied du paysan est devenue un tuyau qui l'assèche.

Alors quelle est notre solution ? Ce que nous portons avec AL-ANDALUS - La 4ème Voie.

L'eau n'est pas une marchandise. L'eau est un Habous. Un bien commun sacré. Comme à Al-Andalus.

À l'époque de mes ancêtres, l'eau ne s'achetait pas. Elle se partageait. La Junta de Aguas. Le Tribunal de las Aguas de Valence, qui existe encore depuis 960 : des paysans qui jugent l'eau tous les jeudis à la porte de la cathédrale, à l'oral. Pas d'avocat. Pas de propriétaire. La parole.

Nous disons : chaque acequia redevient Ejido d'eau. La terre et l'eau liées pour toujours. On ne peut pas vendre la terre sans l'eau, on ne peut pas vendre l'eau sans la terre. Et on ne peut vendre ni l'une ni l'autre. On les confie à la coopérative qui la fait vivre.

Rendre l'eau, c'est rendre la vie. Sans eau rendue, la terre rendue meurt.

C'est ça, notre doctrine : Fidèles aux idées générales de la Nation Arabe Unitaire, nous prônons une Entente Économique, Culturelle et Politique des peuples européens, arabes et africains.

Rendre la terre et l'eau, c'est sceller l'Entente. C'est refaire de la Méditerranée un jardin. Pas un tuyau.

Demain : La langue volée.

Stéphane Parédé - Le Jardinier d'Al-Andalus
AL-ANDALUS - La 4ème Voie

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