MUSA AL-ALAMI 1897-1984 — 2000 HA À JÉRICHO CONTRE L'EXIL Le Waqf Agricole, de la Crau à Jéricho, ou la terre qui ne ment pas Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
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MUSA AL-ALAMI 1897-1984 — 2000 HA À JÉRICHO CONTRE L'EXIL Le Waqf Agricole, de la Crau à Jéricho, ou la terre qui ne ment pas
Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
Il y a des hommes qui n'écrivent pas la terre. Ils la retiennent.
En 1948, pendant que les tentes poussaient comme des champignons amers autour de Jéricho, un homme de Jérusalem, en costume sombre, sortit un chéquier. Il n'achetait pas une terre. Il empêchait un exil. Musa Al-Alami acheta deux mille hectares dans la vallée du Jourdain. Pas pour spéculer. Pour sanctuariser.
On lui dit : "Musa, la Palestine s'en va." Il répondit en plantant. C'est cela, un Waqf. Ce n'est pas une propriété. C'est un serment fait à la terre : tu ne seras jamais vendue.
Je pense à lui depuis la Crau.
Hier, un berger de la Crau m'a dit : "Je vais vendre vingt hectares à un fonds belge. Le gasoil est à deux euros. Mes brebis ne paient plus la banque." Vingt hectares de coussouls, vingt hectares d'herbe à moutons depuis Rome, vingt hectares qui vont devenir une centrale photovoltaïque sur une feuille Excel à Bruxelles.
C'est 1948 qui se répète. Exactement.
Quand Francisco Miguel Paredes García, mon arrière-grand-père, labourait à Águilas en 1895, il ne labourait pas pour le marquis. Il labourait pour que la terre reste. Mon arrière grand-mère Josefa Escarabajal Paredes, foulard noir noué sous le menton, disait en espagnol de Murcie : La tierra no miente. La terre ne ment pas. Les hommes mentent. Les banques mentent. Les fonds mentent. La terre, non.
Musa Al-Alami l'a compris à Jéricho comme mes anciens l'avaient compris à Mazarrón. Le fellah d'Águilas, le fellah de Skikda, le fellah de Tipperary en Irlande, le berger de la Crau, c'est le même homme. Il a les mains dans la même glaise. On veut lui faire croire que son ennemi est l'autre fellah qui traverse la Méditerranée sur un zodiac. Son ennemi n'est pas le migrant. Son ennemi est celui qui achète sa terre pendant qu'il regarde ailleurs.
Alors, que faire ?
L'État jacobin a échoué. Nasser a voulu nationaliser en 1958 et il a créé la RAU, une centralisation qui a tué la terre autant que le latifundiste. Blas Infante, notre quatrième jardinier, l'avait dit avant de se faire fusiller par les mêmes latifundistes en 1936 : La tierra para el que la trabaja. La terre pour celui qui la travaille. On l'a tué pour deux tabous : la terre et l'identité.
Moi, je propose autre chose. Ce que j'appelle depuis Nîmes la 4e Voie Tricontinentale.
Pas la nationalisation. Le Waqf.
Un Fonds Sanctuarisé Laïc. Une terre déclarée inaliénable, non spéculative, gérée par ceux qui la travaillent, en Choura, en assemblée. À Jéricho, Musa a gardé 2000 hectares, ce qui a permis à 300 familles de ne pas partir à Amman ou à Marseille-Nord. À la Crau, 2000 hectares gardés, ce sont 300 familles qui restent. Ce sont 300 enfants qui n'iront pas grossir les cages d'escalier.
Al-Andalus veut dire le jardin en arabe andalou. Al-jardin. Et un jardinier ne fait pas de murs. Il fait des norias. Il fait circuler l'eau. Il garde la semence.
Ma carte n'est plus celle d'Andalousie. Elle est tricontinentale : Nîmes - Águilas - Mazarrón - Almería - Tanger - Dakar - Jéricho. C'est la même ligne de sécheresse, la même ligne d'oliviers, la même ligne d'exilés.
Quand je regarde la photo de Josefa et Francisco, jeunes, en 1895, avec leurs habits noirs de paysans pauvres mais dignes, je ne vois pas le passé. Je vois le programme de 2026.
Ils me disent : retiens la terre.
C'est ce que je fais.
Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
Écrivain & Théoricien - Fondateur de la 4e Voie Tricontinentale Al-Andalus
Nîmes, septembre 2026