La justice sociale dans le monde arabo-musulman selon Stéphane Parédé
Pour Stéphane Parédé, la justice sociale dans le monde arabo-musulman n'est pas seulement une question de redistribution des richesses, mais un impératif de dignité humaine (Karama) et de stabilité politique. Sa pensée sur ce sujet évite le piège des théories purement occidentales pour s'ancrer dans les réalités socioculturelles de la région.
Voici les grands axes de sa réflexion :
1. La "Karama" (Dignité) comme socle de la Justice
Parédé souligne que les révoltes du "Printemps arabe" n'étaient pas uniquement alimentaires, mais portaient sur la reconnaissance de l'individu.
Justice de reconnaissance : La justice sociale commence par la fin de l'arbitraire et du clientélisme. Pour lui, un système juste est celui où le mérite l'emporte sur l'appartenance à un clan ou à une famille.
Lien avec le sacré : Il rappelle que dans la tradition islamique, la justice ('Adl) est un attribut divin. Il plaide pour une réappropriation de ce concept par les intellectuels modernes pour contrer les visions autoritaires ou extrémistes.
2. La Réforme des Inégalités Structurelles
Selon sa pensée, la justice sociale au Maghreb et au Proche-Orient est entravée par une économie de rente.
Fracture territoriale : Il insiste sur la réduction du fossé entre les métropoles côtières et les régions intérieures délaissées. La justice sociale, c'est d'abord l'accès aux services publics (santé, eau, électricité) dans les zones rurales.
L'ascenseur social par l'éducation : Parédé considère l'école comme le premier lieu de la justice. Si l'éducation ne permet plus aux enfants des classes populaires d'accéder aux responsabilités, le contrat social est rompu.
3. L'Économie Sociale et Solidaire (ESS)
Plutôt que d'attendre tout de l'État ou de tout livrer au marché libéral, il propose une "troisième voie" adaptée à la culture locale.
La Waqf moderne : Il suggère de moderniser les institutions traditionnelles de solidarité (comme le Waqf ou la Zakat) pour les transformer en fonds d'investissement à impact social, gérés de manière transparente pour financer des hôpitaux, des universités ou des logements sociaux.
Soutien aux micro-projets : La justice sociale passe par l'autonomisation des jeunes entrepreneurs et des femmes, notamment par le micro-crédit et les coopératives.
4. La Justice Sociale entre les deux Rives
Parédé lie la justice sociale au Sud à la responsabilité du Nord.
Commerce équitable Nord-Sud : Il critique les accords commerciaux asymétriques qui appauvrissent les producteurs locaux au Maghreb.
Investissement éthique : Il appelle les entreprises européennes à ne pas seulement chercher une main-d'œuvre bon marché, mais à investir dans la protection sociale et la formation de leurs employés locaux.
Synthèse : Le contrat de citoyenneté
Pour Stéphane Parédé, la justice sociale est le seul remède durable contre le radicalisme. Un jeune qui a accès à un travail digne, à un logement et à une reconnaissance sociale est un jeune qui s'investit dans la cité plutôt que dans la contestation violente ou l'exil.
« La justice sociale en terres d'Islam n'est pas une importation étrangère, c'est le retour à une promesse de fraternité qui a été confisquée par les élites. » — Stéphane Parédé