République Arabe Unitaire : et si on recommençait par la démocratie ? Par Stéphane Parédé
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République Arabe Unitaire : et si on recommençait par la démocratie ?
Par Stéphane Parédé
L’unité arabe a échoué. Il faut le dire sans détour. La République Arabe Unitaire de 1958 a duré trois ans. Les sommets de la Ligue arabe accouchent de communiqués que plus personne ne lit. Depuis 2011, le mot même d’unité fait ricaner.
Pourtant, le besoin n’a jamais été aussi fort. Crise climatique, insécurité alimentaire, guerre de l’eau, prédation des grandes puissances : aucun État arabe ne pèse seul. L’union n’est pas une nostalgie. C’est une nécessité.
Alors pourquoi l’échec ? Parce que nous avons inversé la formule. Nous avons voulu l’unité avant la démocratie. Nous avons cru qu’un chef, un parti, une armée suffiraient à fusionner des peuples. Le résultat : des citoyens sans espace public commun, des minorités niées, des rentes qui achètent le silence.
Je propose de renverser la logique. Pas de République Arabe Unitaire sans démocrates arabes unis.
Cela change tout. L’unité ne descend plus d’en haut. Elle monte d’en bas, par le droit, par le débat, par la reconnaissance.
Concrètement, à quoi ressemblerait cette République ?
Elle serait fédérale. L’erreur du XXe siècle fut jacobine. Un centre qui décide de tout braque tout le monde. La subsidiarité doit être la règle : tout ce qui peut être géré localement doit l’être. Langues, cultures, éducation, fiscalité locale restent aux régions.
Le niveau fédéral, lui, se concentre sur cinq compétences vitales que nul État ne maîtrise seul : défense commune, diplomatie, monnaie, grands projets climatiques et hydriques, cour constitutionnelle garante des droits.
Cette cour est la clé. Elle dit le droit pour tous : Arabes, Berbères, Kurdes, chrétiens, chiites, sunnites. Comme l’a montré Paul Ricoeur, il n’y a pas d’unité sans reconnaissance. L’asabiyya d’Ibn Khaldoun ne tient plus par le sang ou la tribu. Elle doit tenir par la Constitution.
Cette République réconcilie au lieu d’opposer.
Depuis un siècle, on somme les Arabes de choisir : panarabisme ou panislamisme, Aflaq ou Qutb. C’est un piège. La question n’est pas théologique. Elle est institutionnelle. Jürgen Habermas nous l’apprend : l’espace public n’impose ni croyance ni incroyance. Il organise le débat.
Ma proposition ne demande à personne de renier sa foi ou son identité. Elle demande à tous d’accepter une règle du jeu commune. Les laïcs n’ont pas à prier. Les croyants n’ont pas à se taire. Mais nul ne peut imposer sa loi au nom de Dieu ou de la Nation. La loi se discute, se vote, s’amende.
Cette République a une géographie nouvelle.
Elle ne s’arrête pas au Caire ou à Riyad. Elle part de Nîmes, passe par Alméria, descend vers Dakar. C’est l’axe méditerranéen élargi. Pourquoi ? Parce que la Méditerranée n’est pas une frontière. C’est un lac, comme le disaient les Anciens. La diaspora arabe d’Europe n’est pas hors-jeu : elle est au centre. L’Afrique subsaharienne n’est pas un voisin : elle est notre profondeur.
Cet axe, c’est des ports, des universités, des lignes ferroviaires, des câbles numériques. C’est du concret. L’unité ne sera pas un discours. Elle sera un chantier.
On me dira : utopie.
Je réponds : regardez l’Europe de 1945. Ruinée, haïe, divisée. Monnet n’a pas promis le paradis. Il a proposé la CECA : mutualiser le charbon et l’acier pour rendre la guerre impossible. Nous pouvons mutualiser l’eau et l’énergie pour rendre la misère impossible.
On me dira : les régimes ne voudront jamais.
Je réponds : les régimes passent, les peuples restent. En 2011, les peuples ont parlé. Ils ont été trahis parce qu’ils n’avaient pas d’institutions à leur hauteur. Donnons-leur cette grammaire. La rue arabe ne demande pas un calife. Elle demande du pain, de la dignité, une voix. Une République Arabe Unitaire fédérale la lui donne.
Le XXIe siècle sera celui des grands ensembles ou ne sera pas. Les États-Unis, la Chine, l’Inde, l’Europe l’ont compris. Le monde arabe ne peut rester en miettes.
Il ne s’agit pas de ressusciter Nasser. Il s’agit d’inventer une nahda institutionnelle. Comme l’avait vu Georges Tarabichi, la renaissance arabe a échoué faute d’institutions. Voilà l’institution manquante.
Stéphane Parédé est juriste de formation, enseignant, diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l’Université de Nîmes. Auteur de La Nation Arabe et la Démocratie, Éditions Vérone.