Stéphane Parédé, démocrate : la République Arabe Unitaire et la Constitution d’Alexandrie comme sortie de l’autoritarisme
Stéphane Parédé, démocrate : la République Arabe Unitaire et la Constitution d’Alexandrie comme sortie de l’autoritarisme
La pensée politique et sociale dans La Nation arabe et la démocratie – Éditions Vérone, 14 janvier 2026
Dans La Nation arabe et la démocratie, Stéphane Parédé ne défend pas une idéologie. Il propose un cadre constitutionnel. Auteur de la Constitution d’Alexandrie, il analyse l’histoire politique arabe pour démontrer une chose : sans limitation du pouvoir, toute référence, laïque ou religieuse, dérive vers l’autoritarisme. Son projet est celui d’une République Arabe Unitaire fondée sur la participation citoyenne, le tirage au sort et l’égalité des droits.
1. Un démocrate constitutionnaliste, pas un partisan
Le point de départ de Parédé est pratique. Il a rédigé la Constitution d’Alexandrie pour poser les bases juridiques d’une RAU viable. Le texte repose sur trois principes :
1. Déconcentration du pouvoir par un Conseil citoyen tiré au sort qui contrôle l’exécutif.
2. Présidence tournante pour empêcher la personnalisation et la confiscation.
3. Égalité des citoyens devant la loi, sans distinction de sexe, d’origine ou de confession.
Ce projet le situe en dehors des logiques d’État-parti. Il n’est ni baathiste, ni nassérien, ni islamiste. Il est constitutionnaliste. L’analyse historique du livre sert à justifier ce choix : chaque fois que le pouvoir n’a pas été limité, le projet d’unité arabe a échoué.
2. L’histoire intellectuelle arabe lue comme un diagnostic
Parédé consacre une partie du livre à l’étude du nationalisme arabe unitaire, du baathisme de Michel Aflaq et de l’islam politique d’Hassan al-Bannâ et Sayyid Qutb. Mais il le fait en historien et en juriste, pas en militant.
Chez Aflaq, il retient l’idée d’une unité fondée sur la langue, la culture et la justice sociale. Chez al-Bannâ et Qutb, il retient la centralité de la justice sociale et de la zakât comme droit des pauvres.
Mais il montre aussi le point de rupture : dès que ces mouvements ont pris le pouvoir sans contre-pouvoirs, ils ont reproduit l’autoritarisme qu’ils dénonçaient. Le diagnostic est net. L’échec vient de l’absence d’institutions qui empêchent la captation. L’islam politique est étudié comme un moment de cette histoire, pas comme un modèle à répliquer.
3. La femme, test de la maturité démocratique
Pour Parédé, aucune démocratie ne tient si elle exclut la moitié de la population. Il montre que l’égalité des femmes n’est pas une importation occidentale. Le Coran pose l’égalité spirituelle et juridique. Les réformateurs du XIXe siècle comme Qasim Amin et Tahar Haddad s’y sont appuyés pour réclamer l’émancipation.
Le Printemps arabe de 2011 confirme cette continuité. En Libye, 600 femmes candidates sur 6 000. En Tunisie, 28,11% des sièges à l’Assemblée constituante. Au Maroc, la Constitution de 2011 consacre l’égalité et lance un plan d’action contre les violences faites aux femmes.
Dans la _Constitution d’Alexandrie, cette égalité est inscrite comme principe fondateur. Pour Parédé, c’est le critère le plus simple pour distinguer une démocratie d’une façade.
4. La République Arabe Unitaire : une sortie par le droit
La conclusion du livre est institutionnelle. Parédé ne propose pas de revenir à un âge d’or. Il propose de bâtir une RAU qui tienne sans homme providentiel ni parti unique.
La _mConstitution d’Alexandrie répond à ce besoin. Elle organise la participation directe des citoyens, limite les mandats, et garantit l’égalité. C’est un projet post-idéologique : il ne demande pas aux Arabes de renier leur histoire, mais de s’en servir pour inventer un droit commun.
Conclusion
La Nation arabe et la démocratie est un livre de sortie de crise. Stéphane Parédé y apparaît d’abord comme un démocrate. Il utilise l’histoire pour démontrer que seule une constitution qui limite le pouvoir peut refonder l’unité arabe.
L’islam politique, le baathisme, le nassérisme sont étudiés pour comprendre pourquoi ils ont échoué. La République Arabe Unitaire et la Constitution d’Alexandrie sont proposées pour réussir là où les autres ont échoué.
C’est cette cohérence qui fait de Parédé un auteur à suivre avant que le débat public ne le déforme.