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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable."

18 May

Stéphane Parédé : sans les femmes, pas de Nation Arabe démocratique

Stéphane Parédé : sans les femmes, pas de Nation Arabe démocratique

 - Analyse de l’apport historique et institutionnel dans "La Nation Arabe et la Démocratie" de Stéphane Parédé, Éditions Vérone, 14 janvier 2026 

 

Introduction : la question féminine comme test de la démocratie

 

Dans le Chapitre II « Vers une affirmation et une confirmation des principes démocratiques », Stéphane Parédé fait un choix net : l’avenir démocratique du monde arabe se joue sur la place faite aux femmes. Pour lui, il n’y a pas de Nation arabe unie et souveraine sans leur participation pleine et entière à la vie politique, sociale et éducative. 

 

Cette idée traverse les pages 144 à 162, et s’appuie sur 3 piliers : l’héritage historique, l’éducation comme condition, et l’institutionnalisation de la participation.

1. L’apport historique et culturel : une légitimité endogène

 

Parédé refuse l’idée que l’égalité des sexes serait une importation occidentale. Il montre que :

 

- Les textes fondateurs contiennent des droits concrets : droit de propriété, capacité juridique, statut civil. Les régressions viennent des structures patriarcales postérieures, pas de l’identité arabo-musulmane elle-même.

- L’histoire regorge de figures féminines actives : Aïcha, épouse du Prophète Muhammad, est citée comme figure majeure. Pour Parédé, « les femmes doivent réinvestir l’espace public, réaffirmer leurs droits et s’engager en politique… notamment ».

- Continuité politique : de Bourguiba en 1956 avec le Code du statut personnel tunisien, aux militantes du Printemps arabe, la participation féminine est une constante.

 

Pour Parédé, affirmer l’égalité n’est pas trahir l’identité arabe. C’est y revenir.

 

2. L’engagement dans les luttes et la vie sociale

 

Pages 144-145, l’auteur montre que les femmes ont toujours été en première ligne :

 

- Luttes anticoloniales et syndicalisme : elles ont porté les revendications de karama / dignité et de justice distributive. Le panarabisme et le panislamisme se rejoignent ici sur le terrain du socialisme.

- Printemps arabe : Tawakkol Karman au Yémen, Souheir al-Atassi en Syrie, les sœurs al-Khawaja à Bahreïn. Leur rôle prouve que la participation féminine est un moteur des mouvements populaires.

- Éducation et emploi : Ennahdha, en Tunisie, propose de relever la durée de scolarisation, réduire l’abandon scolaire précoce, et renforcer l’enseignement technique pour l’employabilité des jeunes diplômés. L’éducation est vue comme un levier d’émancipation et de participation.

 

3. La démocratie participative : l’éducation et les femmes comme conditions

 

C’est le cœur du raisonnement de Parédé, p.144-147 et 155-157 :

 

- Participation par le bas : La démocratie arabe s’exprime dans le tissu associatif, les collectifs citoyens et les mouvements de base. Ce sont des espaces où les femmes exercent un leadership fort.

- Lien indissociable éducation-démocratie : Citant Fatma Haddad-Chamakh, Parédé écrit : « Un apprentissage de la démocratie par l’université et les activités scolaires, périscolaires ou extrascolaires est nécessaire pour donner une assise tangible à la démocratie ».

- Le Maroc comme exemple : La Constitution de 2011 instaure le principe de la démocratie participative dans les articles 13 et 14. La réforme du Code de la famille, l’élévation de l’âge du mariage à 18 ans, la scolarisation des filles, sont présentées comme des avancées qui montrent que la modernisation peut être endogène.

 

4. Le Maroc : « la particularité exemplaire »

 

Pages 148-156, Parédé analyse le Royaume du Maroc comme cas d’étude :

 

- Constitution de 2011 : Elle consacre la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la liberté d’expression articles 28-29. Le préambule affirme l’adhésion au droit international humanitaire et l’interdiction de toute discrimination fondée sur le sexe, la couleur, la croyance.

- Rôle du PJD : Le Parti de la Justice et du Développement promeut la démocratie participative, la lutte contre la pauvreté, la réforme de l’éducation et de la santé.

- Limite et avancée : Le roi garde des prérogatives importantes, mais le processus va dans le sens d’une monarchie constitutionnelle où la participation citoyenne gagne du terrain.

Parédé conclut : « À ce titre, le Royaume du Maroc fait figure d’exemple dans le monde arabe ».

 

Conclusion : pas de Nation arabe sans citoyennes actives

 

Le livre s’achève sur un constat et un avertissement. Le Printemps arabe a été « un immense espoir, un regain de volonté du peuple arabe de se mobiliser en faveur des principes démocratiques ». Mais tout reste à concrétiser, non seulement dans les textes, mais dans les faits.

Pour Parédé, la Nation arabe unie et démocratique ne se fera pas sans :

1. La pleine reconnaissance de la citoyenneté active des femmes,

2. Une éducation civique universelle,

3. Une démocratie participative qui intègre les collectifs de base.

 

Sans cela, les réformes resteront fragiles, et la situation restera instable, comme en Syrie ou en Égypte post-2013.

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Pourquoi cette lecture compte ?

 

Stéphane Parédé propose une voie qui échappe au faux dilemme : ni copie du modèle occidental, ni retour à l’autoritarisme. Il ancre la démocratie dans l’histoire arabe, dans l’éducation, et dans la participation des femmes.

 

C’est ce qui fait de La Nation Arabe et la Démocratie un livre-programme, pas seulement un diagnostic.

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