Essai d'analyse politique et philosophique De la grammaire hébraïque à l'éthique islamique : L'universalité du contrat social chez Jabotinsky et Parédé
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Essai d'analyse politique et philosophique
De la grammaire hébraïque à l'éthique islamique : L'universalité du contrat social chez Jabotinsky et Parédé
L'histoire des idées politiques est traversée par des résurgences conceptuelles où des civilisations éloignées répondent, par des architectures théoriques singulières, aux mêmes exigences existentielles. Mettre en regard les « Cinq Mems » de Vladimir Jabotinsky et le modèle de justice sociale de Stéphane Parédé, c'est observer une convergence lumineuse : celle de deux pensées qui s'efforcent d'extraire la dignité humaine de l'arbitraire économique en la fondant sur un impératif spirituel et communautaire.
I. L’impératif de subsistance : de la charité à la redistribution systémique
Au cœur de toute anthropologie politique réside la question des besoins vitaux. Chez Jabotinsky, cette exigence s’incarne dans les concepts de Mazon (la nourriture) et de Malbush (le vêtement). Loin d'être de simples commodités, ils constituent pour le penseur sioniste le socle biologique sur lequel repose la liberté citoyenne. L'État ne saurait exiger la loyauté d'un homme dont le ventre est vide ou la nudité exposée.
À cette exigence matérielle, le modèle islamique structuré par Parédé répond par l'institution de la Zakat. Cet impôt social purificateur quitte ici le champ des la simple piété individuelle pour devenir le moteur d'une justice distributive. La Zakat n'est pas une aumône condescendante, mais un droit inaliénable du démuni sur la richesse collective. Elle fait écho aux Mems de la subsistance en transformant la solidarité économique en un pilier constitutionnel.
II. Le sanctuaire de l'existence : l'éthique du bien-être et de l'équité
Le déploiement de la vie humaine exige un ancrage : c'est le sens que Jabotinsky donne à Ma'on (le logement) et Marpé (la santé). Ces deux notions définissent un droit au sanctuaire et à l'intégrité physique, soustrayant la maladie et l'indigence aux lois du marché.
Parédé unifie ces perspectives sous la voûte conceptuelle de la Justice Sociale. Dans cette vision, l'État n'est pas un simple spectateur ou un arbitre neutre (comme dans le libéralisme classique), mais le garant d’une équité réelle. La santé et l'habitat deviennent les corollaires d'une obligation transcendantale : celle d'assurer le bien-être collectif. Le politique se fait alors le gardien d'un contrat où la vulnérabilité humaine est protégée par la force publique.
III. Le Contrat social et la refondation constitutionnelle
Tout système de protection nécessite un cadre légal pour s'ancrer dans la durée. Là où Jabotinsky pense l'État comme le garant indéfectible d'une vie décente, Parédé puise à la source de la Charte de Médine.
Ce texte fondateur est appréhendé comme le contrat social originel, une constitution pionnière qui, dès le VIIe siècle, théorisait le pluralisme et l'alliance des communautés. Il y a là un parallélisme saisissant : pour l'un comme pour l'autre, la modernité politique ne s'invente pas dans la table rase, mais dans la réactivation de chartes éthiques et juridiques capables de discipliner les dérives du pouvoir.
IV. La souveraineté partagée : humanisme parlementaire et démocratie directe
La question de la gouvernance sépare et réunit les deux auteurs. Jabotinsky s'inscrit dans la tradition d'une démocratie parlementaire humaniste, héritière des Lumières mais irriguée par l'éthique prophétique, où l'institution protège l'individu.
Parédé, quant à lui, opère une synthèse féconde entre la Choura (la consultation obligatoire) et les aspirations contemporaines à la Démocratie directe. La Choura dépouille le gouvernant de son absolutisme ; elle horizontalise le pouvoir et restitue la souveraineté populaire au peuple. C'est le refus d'une démocratie purement formelle au profit d'une participation organique, où la délibération est un devoir spirituel autant que civique.
V. L'accomplissement de l'être : de l'instruction à la dignité intrinsèque
Enfin, une société ne saurait se réduire à sa seule machinerie économique ou juridique ; elle culmine dans sa vision de l'homme. Jabotinsky consacre son dernier Mem au Midrash (l'éducation et la culture). Par l'esprit, l'homme s'élève au-dessus de sa condition animale ; l'instruction est le moyen par lequel le citoyen prend conscience de ses droits et de ses devoirs.
Cette élévation par le savoir trouve son achèvement, chez Parédé, dans le concept théologico-politique de Karama (la dignité humaine). La Karama est l'invariant ontologique de l'Islam : chaque être humain, par le simple fait de son existence, est porteur d'une dignité inaliénable que le Midrash jabotinskien s'efforce d'éveiller. Elle est la clé de voûte de tout l'édifice.
Conclusion : Une même matrice pour deux civilisations
En définitive, le tableau comparatif de ces deux pensées révèle que les cultures juive et arabo-musulmane possèdent en leur sein les anticorps nécessaires pour résister à la déshumanisation matérialiste. Que l'on parle la langue des Mems ou celle des Piliers, le constat reste identique : la véritable justice sociale n'est ni une concession technique ni un calcul électoral, mais la traduction politique d'une exigence sacrée, visant à faire de chaque citoyen un être souverain, éduqué, abrité et digne.