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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable." LA VOIX TRICONTINENTALE La cuarta vía tricontinental صوت القارات الثلاث

07 Oct

NI COLON NI PIED NOIR, JORNALERO  Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes

 

NI COLON NI PIED NOIR, JORNALERO 

Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes

 

Famille attestée à Mazarrón 1674-1681 (AGRM, NOT 6740) – Résidant à Nîmes

4e Voie Tricontinentale – Waqf Agricole

 

On me range vite. Fils de pieds-noirs? Petit-fils de colons?

 

Je ne suis ni l'un ni l'autre.

Misserghin, 1903

Mon arrière-grand-père, Francisco Miguel Paredes Garcia, naît à Mazarrón en 1854. Il est jornalero. Le mot dit tout : homme à la journée. Mineur dans la Sierra de Mazarrón, puis agricole à Águilas.

Ne pouvant récupérer la mine familiale (voir : histoire des mines de Mazarrón, Murcia et après 5 ans de sécheresse totale), ils traversent la Méditerranée avec son épouse Josefa Escarabajal dans une simple barque en 1892.

Ils se retrouvent à Misserghin, à 20 km d'Oran. Il n'achète pas de domaine. Il ne reçoit pas de concession. Il loue ses bras.

 

Il meurt là-bas en 1903, à 49 ans. Il laisse Josefa, veuve à 33 ans, analphabète pour les Français mais lettré de la mine, avec les enfants. Pas de terre. Pas de rente. Juste la dette et le travail.

L'administration coloniale change le nom de mon grand-père né en 1894 en Parédé pour franciser le nom. Étrangement son jeune frère se nomme Juan Pedro Paredes et meurt prématurément à Oran. 

 

C'est le seul portrait qu'on a pu garder : fatigué par le travail, mais déterminé et solide. C'est ce visage que je viens de restaurer à 49 ans – teint hâlé, robuste – pas un colon en casque colonial.

 

Qui étaient les Espagnols d'Oranie?

L'histoire a effacé ce détail. En 1962, 900 000 personnes débarquent en France. Parmi elles, 400 000 sont d'origine espagnole et près de 300 000 viennent de la seule Oranie.  

 

Pourquoi l'Oranie? « Compte tenu du faible éloignement des côtes, l'Oranie fut sa destination privilégiée ». Et d'où? « L'immigration espagnole y a été très importante au XIXe siècle en provenance de la région d'Alicante, de Valencia et de Murcia ». Mazarrón et Águilas sont en Murcia.  

 

En 1891, « L'élément espagnol redevint alors largement prédominant en Oranie, comme il l'avait été jusqu'en 1851 : 102 000 pour 99 000 Français ». En 1911 encore, on compte 95 000 Français, 93 000 Espagnols et 92 000 Français de naturalisation récente.  

 

On les appelle comment? « Les termes désignant ces immigrés qui travaillent dans l'agriculture – 'journaliers' ('jornaleros'), 'travailleurs temporaires' ('temporeros') ».  

 

Ce n'étaient pas des colons. C'étaient des jornaleros. La même condition qu'à Mazarrón.

La différence entre colon et jornalero

Le colon reçoit. Le jornalero loue.

 

Le colon possède la terre par décret. Le jornalero perd la sienne pour dette. C'est exactement ce que décrit Musa Al-Alami en 1945 pour le fellah palestinien : endettement, vente forcée, départ. C'est ce qui arrive à ma famille à Águilas avant Misserghin.

 

Mettre un jornalero murcien de 1900 dans la même case qu'un grand propriétaire terrien, c'est effacer la lutte des classes au profit d'une lecture binaire.

 

Misserghin n'est pas une colonie dans mon histoire. C'est un cul-de-sac. On part parce qu'on n'a plus de terre à Águilas. On meurt à 49 ans. La veuve rentre. Sauf qu'elle ne peut plus revenir en Espagne, elle ne se remarie pas et élève seul mon grand-père qui décédera en 1965 à Maubeuge dans le Nord de la France. La même année ma grand-mère Maria De La Concepción descend vivre à Nîmes pour y defeder en 1990 à la Zup Sud de Nîmes, place Léonard de Vinci. 

C'est elle qui depuis 1965 avait gardé la photographie de mes arrière-grands-parents Josefa Escarabajal et Francisco Miguel Paredes García. 

De Misserghin à Nîmes

Je suis né à Nîmes. Je vis à Nîmes. Je cherche aux archives de Murcie depuis Nîmes. Je ne revendique aucune terre en Algérie. Je revendique une mémoire de travailleur sans terre.

 

C'est pour ça que j'écris sur le waqf agricole. Pas par nostalgie. Par logique.

 

Si la terre de Francisco Miguel à Águilas avait été en waqf – inaliénable, comme le propose Al-Alami en 1944 avec ses « inalienable family waqf properties » – elle n'aurait pas pu être vendue pour dette ou rachat d'autres financiers anglo-francais comme ce fut le cas pour les mines avec la banque Rothschild et les latifundios. Josefa n'aurait pas été veuve sans rien. Mes arrière grands-parents ne seraient pas partis à Misserghin.

 

Le waqf n'est pas une affaire de religion. C'est une affaire de garder la terre qui fait vivre.

Ni colon, ni pied-noir. Jornalero.

Je ne suis pas colon. Je n'ai jamais colonisé. Mon arrière-grand-père n'a jamais possédé.

 

Je ne suis pas pied-noir, appelation octroyée que je refuse. Elle a été attribuée au fil du temps aux colons rentrés en metropole Française après l'indépendance. Elle ne peut concerner que les grands propriétaires qui ont spoliés les autochtones – celui qui a possédé et qui a perdu une possession. Ma famille n'a jamais possédé. Elle a travaillé à la journée à Mazarrón, à Águilas, à Misserghin, à Oran où mon grand-père était maçon et travaillait avec et aux côtés des Algériens. 

 

Je suis fils de jornaleros. De Mazarrón 1674 à Nîmes 2026, en passant par Águilas et Misserghin 1903.

 

Et si la terre ne pouvait plus être vendue?

 

Elle pourrait être gardée. Par ceux qui la travaillent.

 

Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes

Nîmes / Mazarrón – Recherche en cours AGRM – Les Bisagras 1610-2026

 

Portraits joints : Francisco Miguel Paredes Garcia, 49 ans, restauré – version mine de Mazarrón et version champ d'Águilas – archives familiales.

Notes de bas de pages :

1. AGRM NOT 6740 - 1674-1681, Ginés García de Paredes, première trace Rodrigo Paredes 1610 

2. Parroquia San Antonio de Padua - 15 août 1681, Image 111 

3. Jordi / Flores / Zimmermann - 900 000 débarqués 1962, dont 400 000 origine espagnole et 300 000 de la seule Oranie

4. OpenEdition - 102 000 Espagnols pour 99 000 Français en Oranie en 1891 

5. OpenEdition - 95 000 Français, 93 000 Espagnols, 92 000 naturalisés récents en 1911 

6. Définition jornalero / temporero - journaliers, travailleurs temporaires, pénibilité 

7. Musa Al-Alami 1944 - inalienable family waqf properties, 2000 acres Jéricho, contre vente pour dette 

8. Rothschild / latifundios - rachat mines Mazarrón 

Avec ton diptyque original et restauration photographies

 

 

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