« La nation arabe et la démocratie » : un Nîmois théorise le panarabisme démocratique du XXIe siècle
GÉOPOLITIQUE –
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« La Nation Arabe et la Démocratie » : un Nîmois théorise le panarabisme démocratique du XXIe siècle
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Trois recensions en 72 heures, un même verdict : un essai de 192 pages vient de rouvrir le dossier maudit du panarabisme. Son auteur, le Nîmois Stéphane Parédé, ne propose pas une exhumation. Il propose une refondation. État-nation arabe unitaire, socialisme, démocratie directe, islam comme matrice culturelle : voici le panarabisme démocratique du XXIe siècle. Une doctrine qui enterre 60 ans de Baath autoritaire pour sauver l’idée d’Aflaq. Et qui dit au monde arabe : la liberté ne s’importe pas, elle se reprend.
1. L’autopsie : pourquoi le Baath est mort, sauver l’idée baasiste des Baath ou pourquoi l’idée doit vivre
Le point de départ est chirurgical. Travel Card Journal, Objectif Gard et Ruralités 2024 citent tous la même clé : il faut « distinguer l’idéologie fondatrice de ses mises en œuvre parfois autoritaires ».
Car le Baath de 1940 n’est pas né dans une caserne. Il est né dans la tête d’un chrétien orthodoxe, Michel Aflaq, qui écrivait que « le nationalisme est amour avant tout », puisant « sa source dans le cœur et la volonté divine ». Liberté, unité, socialisme. Un triptyque humaniste. Spirituel et politique à la fois.
Soixante ans plus tard, le bilan est un champ de ruines : parti unique, mukhabarat, statues déboulonnées à Bagdad, dynastie criminelle à Damas. Les chars ont trahi l’amour. Le socialisme arabe est devenu, aux yeux du monde, synonyme de dictature.
C’est ici que Parédé intervient. Il refuse le double piège : celui des nostalgiques qui réhabilitent les bourreaux, et celui des liquidateurs qui jettent l’idée avec les tyrans. Sa question est simple et radicale : que reste-t-il de « liberté, unité, socialisme » quand on arrache le parti unique ? Réponse : tout. À condition de changer l’outil.
De ce constat implacable naît la doctrine. Car si le diagnostic est celui d’un échec militaire, le traitement sera politique. Et c’est là que Parédé devient avant-gardiste.
2. La doctrine : les 5 piliers qui blindent le panarabisme contre l’autoritarisme
Pilier 1 – L’Unité : du Golfe à l’Atlantique
L’espace revendiqué est celui de l’histoire longue : l’aire arabo-musulmane. L’unité n’est pas raciale, elle est culturelle et linguistique, « cimentée par l’islam envisagé au-delà du religieux, comme fondement civilisationnel ». Le Prophète Mohammed y joue « un rôle unificateur historique et symbolique ». On ne nie pas le ciment. On construit dessus.
Pilier 2 – Le Socialisme : la justice comme droit, pas comme aumône
Repris d’Aflaq, c’est un « ordre humain et idéal ». Traduit en 2026 : justice sociale opposable, solidarité communautaire, revenu d’existence. L’objectif n’a pas changé depuis 1940 : arracher les masses à la misère pour les rendre politiquement souveraines. Un peuple qui a faim vote pour son bourreau. Un peuple libre choisit son destin.
Pilier 3 – La Démocratie directe : l’antidote aux chars
Voici la rupture. La bombe anti-autoritaire. Pour que le socialisme arabe ne redevienne jamais un goulag, Parédé le soumet au contrôle permanent du peuple : référendum d’initiative citoyenne, tirage au sort des assemblées, droit de veto du Vivant. Le peuple est législateur. Le peuple est censeur. Fin des carrières, fin des castes, fin des coups d’État. C’est Aflaq sans Saddam.
Pilier 4 – La Laïcité positive : le concept pour le monde arabe
Attention au contresens : ce n’est pas la laïcité française. C’est un outil pensé pour l’aire arabo-musulmane. Il consiste à ne pas nier le fait religieux majoritaire quand il structure la culture et l’identité. L’islam est reconnu comme matrice d’unité, l’État garantit la liberté de conscience de tous. La démocratie « revisite » la shura, le adl, la responsabilité collective. On n’importe pas 1789. On réactive 622.
Pilier 5 – La Finalité : peser dans le XXIe siècle
Cet État-nation unitaire « pourrait, à terme, constituer un modèle d’intégration régionale comparable à l’Union européenne sinon plus même ». Même logique que le panafricanisme de Nkrumah : dépasser les frontières Sykes-Picot, artificielles et sanglantes, par des affinités réelles. Ne plus subir l’histoire. L’écrire.
Si l’architecture est neuve, les fondations sont anciennes. Et c’est ce qui rend la thèse inattaquable : elle ne sort pas de nulle part. Elle renoue un fil coupé.
3. Les racines : d’Al-Farabi à Cordoue, la démocratie n’a pas de passeport
Parédé dynamite le récit colonial : « nous » n’avons pas inventé la démocratie pour l’exporter. Il convoque Al-Farabi et sa "Cité vertueuse" au Xe siècle, Rifa’a al-Tahtâwî au XIXe qui pense déjà Islam et modernité, Sati al-Husri et Taha Hussein au XXe sur le nationalisme culturel.
Il va plus loin : il réhabilite la justice sociale de Sayyid Qutb en la séparant de ses lectures djihadistes. Il cite la Charte de Médine. Il rappelle que la shura, la consultation, est consubstantielle à la pensée arabo-musulmane depuis 1400 ans.
Le message est clair : la démocratie directe n’est pas une greffe occidentale. Elle est la forme moderne de principes endogènes. Le tirage au sort est grec, oui. Mais la responsabilité collective est médinoise. L’idée est universelle parce que l’humain est un.
Forte de ces racines, la doctrine peut alors s’attaquer au tabou central du XXe siècle : la fausse guerre entre arabité et islamité.
4. Le tabou brisé : panarabisme et panislamisme sont frères, pas ennemis
C’est la thèse qui a fait sursauter les trois rédactions. Objectif Gard cite Parédé : « Moins qu’une rivalité et encore moins qu’une opposition, le panarabisme et le panislamisme partagent presque le même programme ».
Même territoire revendiqué. Même obsession de la justice sociale. Même matrice culturelle : l’islam. La différence n’est que d’accent : la langue et la culture arabe d’un côté, l’oumma de l’autre. Mais ils marchent dans la même direction.
Conséquence théorique majeure : un État-nation arabe unitaire n’est pas une machine de guerre contre l’islam. Il est son expression politique moderne. Aflaq et Qutb ne s’opposent que dans la tête des colonialistes et des dictateurs. Dans le projet de Parédé, ils se complètent : l’un donne l’amour de la nation, l’autre l’exigence de justice.
Une fois le tabou levé, reste une question : à qui s’adresse ce pavé jeté dans la mare géopolitique ? La réponse est sans équivoque.
5. Le destinataire : le monde arabe, et lui seul
Travel Card Journal ne s’y trompe pas. Ce livre s’adresse « aux chercheurs, étudiants en sciences politiques, historiens des idées ainsi qu’à tous ceux qui s’interrogent sur l’avenir institutionnel du monde arabe ».
Ce n’est pas un programme pour Nîmes. Ce n’est pas un manifeste pour la France. C’est une proposition géopolitique faite aux 400 millions d’Arabes, du Maghreb au Machrek. Elle leur dit : vous pouvez avoir l’unité sans la dictature, le socialisme sans le goulag, la modernité sans l’apostasie, l’islam sans la théocratie.
L’outil existe. Il ne coûte pas un baril de pétrole. Il coûte du courage. Il s’appelle démocratie directe.
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PORTRAIT : STÉPHANE PARÉDÉ, L’HÉRITIER MALGRÉ LUI
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Parcours politique : de la jeunesse militante à l’architecture des idées
Stéphane Parédé n’est pas arabe de nationalité. Il est français, nîmois de naissance. Ses parents sont nés en Algérie ainsi que son grand-père paternel et sa grand-mère maternel. Sa grand-mère paternel et son grand-père maternel ainsi que ses arrière-grands-parents venaient d’Al-Andalus. Cette double racine méditerranéenne éclaire l’imprégnation sans assigner l’identité.
L’engagement est précoce : Directeur National du PCN-Jeunesse, puis délégué européen de comités européens soutenant la cause arabe. Objectif Gard et Ruralités le décrivent comme « militant actif pour la justice sociale et la lutte contre les injustices raciales », « engagé contre l’extrême droite », « pour une intégration interculturelle ».
Mais le militant a muté en architecte. Il le dit lui-même : il ne veut pas le pouvoir. Il veut donner les plans. Comme Aflaq, il se veut serviteur de l’idée. La modestie n’est pas une posture. C’est une méthode politique : tuer le culte du chef dans l’œuf.
Parcours littéraire : l’érudition au service de l’unité
Qualifié d’« universitaire et autodidacte », Parédé impose le respect par le travail. Travel Card Journal salue la « densité des références et la clarté de l’argumentation », la « richesse documentaire » et « l’ampleur de la perspective comparative ».
Al-Andalus traverse tout. Pas comme une nostalgie. Comme une preuve. La preuve que la symbiose a existé : Arabes, Berbères, Juifs, Chrétiens créant ensemble la science, la philosophie, la poésie. Aflaq citait Cordoue pour rêver l’avenir. Parédé pense depuis Nîmes avec Cordoue en tête pour le bâtir.
Est-il musulman ? Il ne l’a jamais confirmé. La question est mal posée et révèle nos obsessions. Michel Aflaq était chrétien orthodoxe. Cela l’a-t-il empêché de fonder le nationalisme arabe ? L’idée choisit ses porteurs. Elle se moque des passeports et des registres paroissiaux.
Le théoricien malgré lui :
Il n’est pas arabe, donc il sera suspect pour les puristes. Français, donc accusé d’ingérence par les complotistes. Modeste, donc inaudible dans le vacarme des tribuns.
Pourtant, le texte est là. Implacable. Il a compris que le socialisme arabe ne survivrait que démocratisé. Il a compris que la démocratie directe est le seul vaccin contre les chars. Il a compris qu’Al-Andalus n’était pas un miracle mais un mode d’emploi.
L’histoire dira s’il est l’unificateur. L’histoire a mis 30 ans à donner raison à Aflaq, avant de le trahir. En attendant, Stéphane Parédé a fait sa part : il a écrit le manuel de réparation. "La Nation Arabe et la démocratie", 192 pages, Éditions Vérone.
FICHE
"La nation arabe et la démocratie", Stéphane Parédé, Éditions Vérone, février 2026, 192 p., 17€.
Mots-clés : Panarabisme démocratique, socialisme arabe, démocratie directe, Michel Aflaq, Al-Andalus, laïcité positive, unité arabe, justice sociale.