Chapitre II de La Nation Arabe et la démocratie de Stéphane Parédé « L’éducation, condition sine qua non de la démocratie arabe »
Chapitre II de La Nation Arabe et la démocratie de Stéphane Parédé « L’éducation, condition sine qua non de la démocratie arabe »
Le Chapitre II, Vers une affirmation et une confirmation des principes démocratiques, marque un tournant dans l’argumentation de Stéphane Parédé. Après avoir analysé l’échec du Printemps arabe dans le chapitre I, il propose ici la condition fondamentale pour qu’une démocratie arabe soit possible : l’éducation du peuple, pensée comme levier d’émancipation politique et sociale.
1. La pratique démocratique exige l’éducation politique du peuple [p.129]
Parédé pose un principe clair : « seule la pratique en actes et en faits de la démocratie est le but ultime à atteindre ». La démocratie ne peut rester un slogan ou une procédure électorale vide. Elle doit devenir une pratique vécue, ce qui suppose un peuple éduqué, capable de gérer ses affaires.
Il s’appuie sur Rifa’a al-Tahtawi, figure de la Nahda égyptienne du XIXe siècle, pour montrer que ce lien entre liberté et instruction n’est pas nouveau. Al-Tahtawi dénonce les gouvernants qui justifient la restriction des libertés par « l’insuffisance de l’instruction générale ». À l’inverse, il affirme que l’éducation donne au peuple « la maturité et la capacité de gérer ses affaires ». Pour Parédé, cette idée est la clé de voûte du chapitre : sans éducation, pas de liberté ; sans liberté, pas d’éducation.
2. L’échec égyptien des Frères musulmans : l’épreuve du pouvoir [p.130-131]
Le chapitre revient sur l’expérience de Mohamed Morsi en Égypte pour illustrer l’écart entre discours démocratique et pratique. Élu en 2012, Morsi annonce des élections législatives pour octobre 2013, mais l’instabilité politique et l’absence de consensus font échouer le processus. Parédé souligne que les islamistes, mis à l’épreuve du pouvoir, ont dû faire des concessions et tenir compte des autres mouvements politiques.
Le problème central est la méfiance : l’opposition craint que les Frères ne confisquent le processus démocratique. Parédé cite le Coran 3/103 : « Attachez-vous fermement au pacte de Dieu, et ne vous divisez pas », pour rappeler que l’unité est une exigence islamique. Mais l’unité ne peut se décréter. Elle exige des institutions pluralistes et une culture du compromis, ce que l’expérience Morsi n’a pas réussi à installer.
Le chapitre note aussi l’évolution de la Libye post-Kadhafi : la Déclaration constitutionnelle du CNT garantit les droits des femmes, des minorités et pose la charia comme source principale de législation, mais dans un cadre civil et pluraliste. Mohamed Morsi lui-même déclare en 2012 que l’Égypte restera « un État civil, non théocratique, non militaire ».
3. L’éducation selon al-Tahtawi : un projet civilisateur global [p.136-139]
La section 2 est consacrée à al-Tahtawi, que Parédé considère comme « le père de la pensée arabe moderne ». Pour lui, l’éducation ne se limite pas à l’instruction technique. Elle doit former l’homme dans sa totalité : corps, esprit, sens moral, dimension spirituelle.
Al-Tahtawi défend l’éducation des filles autant que celle des garçons, citant l’exemple des épouses du Prophète, notamment Hafsa. Il s’oppose à ceux qui voient dans l’éducation des femmes une menace morale. Pour lui, l’éducation est indispensable à la civilisation et doit être généralisée « à tous les enfants de la nation, filles et garçons ».
L’objectif est double : former des citoyens capables de participer à la vie publique et créer une élite intellectuelle qui développera une démocratie participative. L’éducation est donc l’outil de passage de l’État-nation autoritaire à l’État-nation souverain, où « la loi soit l’expression du peuple souverain ».
4. Le Maroc comme exemple de transition par l’éducation [p.134-141]
Parédé termine sur le cas du Maroc, présenté comme un modèle de réforme par l’éducation. Le gouvernement de Abdelilah Benkirane met l’accent sur la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et la réforme de l’école publique. Le but : « permettre la mise à niveau de l’école nationale » et faire de l’éducation le pilier du développement humain.
Le gouvernement prévoit d’augmenter le nombre d’enseignants-chercheurs, de développer la recherche scientifique et d’élargir la couverture sociale étudiante. L’objectif affiché est de lutter contre l’analphabétisme et de donner aux jeunes les moyens de participer à la vie démocratique.
Pour Parédé, le Maroc montre que la transition démocratique ne passe pas uniquement par les urnes, mais par la reconstruction du lien de confiance entre l’État et le citoyen, via l’école et la justice.
Conclusion : sans éducation, pas de souveraineté populaire
Le message du chapitre est sans ambiguïté : la démocratie arabe ne s’importera pas et ne se décrètera pas. Elle naîtra d’un processus d’éducation civique, intellectuelle et morale, qui forme des citoyens capables d’exercer leur souveraineté.
Al-Tahtawi et l’expérience marocaine récente montrent qu’un tel processus est possible dans le monde arabe, à condition de rompre avec l’idée que le peuple doit « mûrir » avant d’avoir des droits. Pour Parédé, c’est l’exercice des droits qui fait mûrir le peuple.
En une phrase : La démocratie dans la Nation arabe ne sera pas le don d’un dirigeant éclairé, mais le produit d’un peuple éduqué qui prend en main sa loi et son avenir.