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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable."

17 May

Chapitre II – Vers une affirmation et une confirmation des principes démocratiques Analyse de La Nation Arabe et la Démocratie, Stéphane Parédé

Chapitre II – Vers une affirmation et une confirmation des principes démocratiques
Analyse de La Nation Arabe et la Démocratie, Stéphane Parédé

Le chapitre II change de registre. Après avoir montré dans le chapitre I comment le Printemps arabe a échoué à produire des régimes stables, Stéphane Parédé propose ici la condition préalable à toute démocratie arabe durable : l’éducation du peuple, pensée comme levier d’émancipation et comme antidote à la tyrannie de la majorité.

1. La démocratie ne se décrète pas, elle se pratique [Section 1, p.129-131]

Pour Stéphane.Parédé, « seule la pratique en actes et en faits de la démocratie est le but ultime à atteindre ». Il ne s’agit pas de proclamer des principes, mais de les incarner dans les institutions et les mœurs.

Cette exigence le conduit à Rifa’a al-Tahtawi, penseur égyptien du XIXe siècle qu’il qualifie de « père de la pensée arabe moderne ». Al-Tahtawi établit un lien indissociable entre liberté et éducation. Il dénonce les gouvernants qui justifient la restriction des libertés par « l’insuffisance de l’instruction générale » et affirme que « l’instruction et l’amélioration de la situation du peuple lui donnent la maturité et la capacité de gérer ses affaires ».

Parédé applique cette grille à l’Égypte post-Moubarak. L’expérience des Frères musulmans au pouvoir, avec Mohamed Morsi, montre les limites d’une islamisation politique sans culture du compromis. Morsi annonce des élections législatives pour octobre 2013, mais l’instabilité empêche leur tenue. Le président appelle à une opposition « qui participerait au scrutin » et à l’indépendance de l’État vis-à-vis du système éducatif et économique hérité de Moubarak. Mais avec 40% de citoyens vivant avec moins de 2 dollars par jour, la question sociale écrase le débat constitutionnel.

2. Al-Tahtawi : une éducation totale pour un citoyen total [Section 2, p.135-139]

La section 2 est un portrait intellectuel d’al-Tahtawi. Né en 1801, descendant du Prophète, il est envoyé en France dans les années 1820 et y découvre l’éducation moderne. De retour en Égypte, il devient « modernisateur » de l’État sous Mohamed Ali.

Pour lui, l’éducation doit être totale : elle englobe le corps, l’esprit, la morale, le spirituel. Elle ne se limite pas aux garçons. Al-Tahtawi soutient l’éducation des filles et cite l’exemple de Hafsa, épouse du Prophète, pour combattre ceux qui s’y opposent au nom de la morale. « L’éducation est indispensable pour donner une éducation aux filles comme aux garçons », écrit-il.

L’objectif est clair : former des citoyens capables de servir la nation et de progresser sans distinction de sexe. L’éducation devient ainsi le moyen de passer d’une société de sujets à une société de citoyens.

3. Le Maroc : l’expérience d’une transition par la Constitution et l’école [Section 4, p.140-141]

Le Maroc sert de cas pratique. Après le Mouvement du 20 février 2011, la Constitution de 2011 instaure la « démocratie participative ». Les articles 13 et 14 permettent aux citoyens de présenter des propositions de loi et d’interpeller le gouvernement. Les conseils locaux élus deviennent le lieu où s’exerce la souveraineté populaire.

Le gouvernement du PJD, dirigé par Abdelilah Benkirane, place l’éducation au cœur de son programme. Objectifs : 
- Lutter contre l’analphabétisme et faire de l’école publique le pilier du développement humain.
- Augmenter le nombre d’enseignants-chercheurs et développer la recherche.
- Étendre la couverture sociale étudiante et améliorer les conditions de vie des étudiants.

Benkirane déclare vouloir « restaurer la confiance citoyenne » et faire de la bonne gouvernance un pilier fondamental. Pour Parédé, le Maroc montre qu’une réforme constitutionnelle sans investissement éducatif reste lettre morte.

4. La leçon : éviter la tyrannie de la majorité par la participation

En conclusion du chapitre, Parédé rappelle le risque de la « tyrannie de la majorité » analysé par Tocqueville. L’exemple tunisien de 2013 est révélateur : après l’assassinat de Chokri Belaïd, Ennahdha cède des ministères à des indépendants, passant de 28% à 48% de portefeuilles non partisans. Mais cela ne suffit pas si les citoyens ne participent pas activement à la vie publique.

La solution est la démocratie participative et semi-directe : référendum, initiative citoyenne, contrôle local. C’est par l’éducation et la participation que le peuple devient souverain, et que « la loi soit l’expression du peuple souverain ».

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Idée centrale : Pour Stéphane Parédé, la démocratie arabe ne sortira pas des urnes seules. Elle naîtra d’un peuple éduqué, capable de délibérer, de contrôler et de proposer. Al-Tahtawi au XIXe siècle, le Maroc de 2011, l’échec de Morsi en Égypte convergent vers la même conclusion : sans éducation, pas de liberté durable.

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