Le Maroc comme laboratoire : démocratie participative et rôle de l’éducation dans La nation arabe et la démocratie Analyse des p.148-156 de Stéphane Parédé
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Le Maroc comme laboratoire : démocratie participative et rôle de l’éducation dans La nation arabe et la démocratie
Analyse des p.148-156 de Stéphane Parédé
Dans la section 4 du chapitre II, Stéphane Parédé prend le Maroc comme « particularité exemplaire » pour montrer comment une transition démocratique peut s’appuyer sur l’histoire nationale, la consultation islamique et l’éducation. Le fil conducteur : la démocratie arabe ne s’importe pas, elle se construit en articulant héritage, institutions et participation citoyenne.
1. Le Maroc : une monarchie constitutionnelle en transition contrôlée
Parédé retrace la trajectoire du Maroc depuis Mohammed V. Revenu d’exil en 1955 après les émeutes sanglantes, le roi pose les bases d’une nation moderne fondée sur des principes démocratiques. Son fils Hassan II et Mohammed VI poursuivent cette voie en combinant stabilité monarchique et réformes constitutionnelles.
Le tournant est la Constitution de 2011, adoptée par référendum après le Mouvement du 20 février. Elle inscrit la séparation et l’équilibre des pouvoirs, la primauté des droits fondamentaux, et le principe de démocratie participative. L’article 1er affirme que le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale, avec l’Islam comme religion d’État et la liberté de culte garantie.
Parédé insiste sur l’article 12 : il garantit la liberté d’action aux associations de la société civile et aux organisations non gouvernementales dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques. C’est ici que se joue la participation.
2. La démocratie participative et semi-directe : corriger la tyrannie de la majorité
Parédé mobilise Tocqueville et le danger de la « tyrannie de la majorité ». Pour l’éviter, il défend la démocratie participative et semi-directe.
Le modèle marocain intègre cette logique :
- Les citoyens peuvent présenter des propositions de loi et interpeller le gouvernement.
- Les conseils locaux élus exercent un rôle direct dans la souveraineté et la gestion publique.
- La Constitution prévoit le référendum et l’initiative populaire.
L’objectif est de faire du citoyen un acteur, pas seulement un électeur. Parédé cite l’exemple des Frères musulmans et de Hassan al-Banna, qui défendaient déjà la consultation et la responsabilité de chaque musulman devant la communauté. Il renvoie aussi au Coran et à la sunna : le Prophète consultait ses compagnons, et le Coran dit « Consultez-les dans leurs affaires » (42,38).
3. Le rôle central de l’éducation et des femmes
La transition marocaine s’appuie sur deux leviers concrets.
L’éducation : Le PJD et le gouvernement Benkirane en font une priorité. Programme gratuit et obligatoire, réforme de la formation professionnelle pour lier école et emploi des jeunes diplômés, lutte contre l’analphabétisme, renforcement de la recherche. Pour Parédé, cela reprend la pensée d’al-Tahtawi : l’éducation forme le citoyen capable de gérer ses affaires et de participer à la démocratie.
La condition féminine : La réforme de la Moudawana en 2004, maintenue après 2011, relève l’âge du mariage à 18 ans, interdit la polygamie de fait, et vise l’égalité dans la famille. Le PJD affiche la volonté de « faire participer la femme au développement » et de lutter contre la pauvreté et la marginalisation. La ministre Bassima Hakkaoui est citée comme porte-parole de cette politique de solidarité, de la famille et du développement social.
4. Limites et vigilance
Stéphane Parédé ne verse pas dans l’angélisme. Il montre que la Tunisie et l’Égypte restent instables, que l’Irak subit des attentats réguliers, et que même au Maroc la pratique démocratique reste à consolider. La participation citoyenne est encore faible, les débats publics confisqués par les élites.
La conclusion est claire : « Le Printemps arabe a été un immense espoir, un regain de volonté du peuple arabe de se mobiliser en faveur des principes démocratiques ». Mais cet espoir ne se concrétise que par des textes juridiques appliqués, une éducation généralisée, et une participation qui sort du cercle des partis.
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Thèse de Stéphane Parédé : Le Maroc illustre qu’une monarchie peut évoluer vers une démocratie participative si elle ancre les réformes dans l’identité nationale, la consultation islamique et l’investissement éducatif. Sans cela, la démocratie reste formelle et la tyrannie de la majorité guette.
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