De al-Tahtawi au Printemps arabe : Stéphane Parédé ressuscite la troisième voie DÉMOCRATIE
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De al-Tahtawi au Printemps arabe : Stéphane Parédé ressuscite la troisième voie DÉMOCRATIE
« Ni importée, ni reniée : une démocratie enracinée. »
Et si la démocratie arabe avait au minimum 200 ans ? Dans La Nation Arabe et la Démocratie, Stéphane Parédé refuse l’alternative stérile entre nationalisme autoritaire et islam politique. Il exhume Rifâ‘a al-Tahtawi, penseur de la Nahda, pour prouver qu’une synthèse est possible : Constitution, Parlement, éducation pour tous, droits des femmes. Une thèse qui tombe à pic, alors que le Printemps arabe cherche son second souffle.
Le débat est confisqué. D’un côté, les régimes issus du nationalisme arabe laïque, qui ont trahi la promesse d’émancipation. De l’autre, un islam politique qui, pour Hassan al-Bannâ, « ne cautionne pas le pluripartisme » p.21. Entre les deux, un angle mort. C’est ce vide que Stéphane Parédé veut combler.
Son arme : l’histoire. Plus précisément, Rifâ‘a al-Tahtawi. « Le père de la pensée arabe moderne » p.135, « le fondateur de la renaissance culturelle arabe » p.135. En 1830, cet ouléma envoyé à Paris par Muhammad Ali ne se contente pas de traduire. Il théorise. Il veut « doter la Nation arabe d’institutions exemplaires : Constitution, régime parlementaire » p.45. Il pose que « chaque citoyen doit participer au pouvoir » p.136. Il exige une éducation « pour les filles ainsi que pour les garçons, car elle est le moyen de former les êtres sans distinction de sexe » p.137.
Pour Parédé, al-Tahtawi n’est pas un ancêtre lointain. C’est le code source. Il a lié « la supériorité de la révélation de la religion musulmane » et « la civilisation moderne » p.135. Il a écrit que « la loi est au-dessus du prince » p.49. Il a fait de la justice « le fondement de la civilisation » p.49. Tout y est.
Cette matrice a eu un héritier direct : Michel ‘Aflaq. « Al-Tahtawi va avoir une influence majeure sur la pensée du jeune étudiant Michel ‘Aflaq, qui va étudier son œuvre profondément » p.140. ‘Aflaq reprendra l’idée de Nation, mais son parti Baas s’enlisera dans l’autoritarisme qu’il dénoncera lui-même en 1967 p.20. L’échec du Baas n’invalide pas al-Tahtawi. Il appelle à y revenir.
Stéphane Parédé nomme ce retour « la 3ème voie ». Ses piliers sont explicites p.159-160 : participation citoyenne, séparation des pouvoirs à la Montesquieu, régime parlementaire. Sa ligne rouge aussi : « Les droits des femmes ne sont pas négociables, ils font partie de la culture » p.24. Sur ce point, il s’appuie encore sur al-Tahtawi, qui cite le Prophète : jamais il n’a « condamné l’enseignement, l’écriture et la lecture aux femmes » p.137. Aïcha et Hafsa en sont les preuves historiques p.138.
L’actualité de cette thèse est brûlante. Parédé écrit au lendemain du Printemps arabe. Il en dresse un bilan sans concession : instabilité p.157, ingérences du Qatar au profit des extrémistes p.158. Mais il refuse le renoncement. Car pour lui, 2011 n’est pas une fin. C’est la résurgence d’une idée née en 1830. « Al-Tahtawi pose les bases de la Nation arabe démocratique » p.50. Il reste à la bâtir.
La Nation Arabe et la Démocratie n’est donc pas un livre d’histoire. C’est un manuel d’action. Il dit aux démocrates arabes : vous n’avez rien à importer. Vous avez tout à retrouver.
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Stéphane Parédé, La Nation Arabe et la Démocratie, Éditions Vérone, 17 €.