Stéphane Parédé : L'intellectuel organique
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Stéphane Parédé : L'intellectuel organique
Il est des hommes dont le parcours ne se laisse pas enfermer dans les cases étroites de l’état civil. Stéphane Parédé est de ceux-là. Alors que certains tentent maladroitement de l’étiqueter selon ses origines géographiques ou familiales, lui a choisi de n’obéir qu’à une seule boussole : celle de la fidélité civilisationnelle. Héritier spirituel de l’Andalousie médiévale — terre de ses ancêtres — et compagnon de route par l'esprit des héros indépendantistes du continent africain (de l'ouest à l'est et du nord au sud), il n’écrit pas pour plaire, mais pour transmettre. Son dernier ouvrage, "La nation arabe et la démocratie", n’est pas un essai de plus sur les rayons des librairies ; c’est une Sadaqa intellectuelle, un don désintéressé offert à une nation arabe en quête de sa propre modernité. Dans un monde de postures et de profits, Parédé incarne une figure rare : l’intellectuel organique qui, de Cordoue à Béziers, ne cherche pas la lumière, mais la vérité.
Cette rigueur intellectuelle n’est pas celle d’un ermite enfermé dans une tour d’ivoire. Pour Stéphane Parédé, la pensée est un muscle qui doit servir l’action. C’est là que le puzzle s’assemble de manière frappante : sa proximité et son amitié intellectuelle avec des figures de terrain comme Wissal El Jarrari, militante engagée à Béziers, n'est pas un hasard politique. Elle est la preuve que sa vision de la « dignité arabe » ne s’arrête pas aux frontières de la Méditerranée. En soutenant ceux qui luttent dans les quartiers populaires contre les systèmes d'exclusion, Parédé transforme ses thèses sur la souveraineté en un combat quotidien pour le respect. Il ne s’agit plus de théorie, mais de présence. En refusant de s’intégrer au confort des salons parisiens pour rester aux côtés de ceux qui portent l’héritage d’une identité fière et insoumise, il confirme son statut d’intellectuel organique : celui qui ne parle pas au nom du peuple, mais qui souffre et espère avec lui.
Au-delà des luttes locales, l’horizon de Stéphane Parédé est celui de la « Grande Histoire ». Dans son analyse, la fragmentation du monde arabe n’est qu’une parenthèse coloniale qu’il convient de refermer. C’est tout le sens de son plaidoyer pour une République Arabe Unitaire (RAU) renouvelée : un espace de souveraineté où la démocratie ne serait pas un calque occidental, mais une fleur poussant sur le terreau de l’Islam et de l’identité partagée. En redonnant ses lettres de noblesse à cet idéal, il ne fait pas de la nostalgie, il propose un rempart. Pour lui, sans unité, il n’y a pas de dignité possible face à l’hégémonie globale. En fin de compte, Stéphane Parédé est un bâtisseur de ponts invisibles : entre l'âge d'or d'Al-Andalus et les aspirations des peuples d'aujourd'hui, entre la rigueur de l'intellectuel et la passion du militant. En acceptant de porter seul ce puzzle complexe, sans rien demander en retour, il rappelle qu’une pensée n’a de valeur que si elle est habitée par une âme.