« La femme n’est pas un débat : ce que Stéphane Parédé redonne à la Nation arabe »
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« La femme n’est pas un débat : ce que Stéphane Parédé redonne à la Nation arabe »
Dans La Nation Arabe et la démocratie, Stéphane Parédé ne fait pas de la question des droits des femmes une concession culturelle. Il en fait un pilier de refondation. Les pages 63-82 montrent pourquoi : il relit l’histoire arabe à l’envers du récit de la Nakba, en montrant que la démocratie, l’égalité et la participation des femmes sont déjà dans le texte fondateur et dans le réformisme musulman du XIXe siècle.
1. La Libye et la Tunisie comme preuves concrètes, pas comme exceptions
Stéphane Parédé commence par le terrain. En Libye post-Kadhafi, la Déclaration constitutionnelle du CNT de 2011 garantit la liberté d’opinion, de presse, de manifestation et l’adhésion aux chartes internationales. Et surtout, les femmes répondent présent : plus de 600 candidates au Congrès national, des campagnes dynamiques, une “soif de démocratie”.
En Tunisie, le chiffre est tout aussi net : 57 femmes sur 217 sièges à l’Assemblée constituante de 2011, soit 28,11%. Meherzia Labidi en devient vice-présidente. Parédé ne tombe pas dans le mythe : il rappelle que c’est Bourguiba qui a initié le Code du statut personnel en 1956, mais il montre que la révolution de 2011 a permis à cette ligne de se traduire en participation politique réelle.
L’analyse est claire : quand l’espace politique s’ouvre, les femmes s’en saisissent. Le problème n’est pas culturel, il est institutionnel.
2. La Syrie et le test de l’opposition : Mouaz al-Khatib comme ligne de fracture
Avec la Syrie, Parédé met le doigt sur la ligne de fracture du camp démocratique. La Constitution de 2012 consacre l’Islam comme religion du président et source principale de législation, mais elle affirme aussi que l’État assure à la femme “toutes les opportunités pour une contribution effective et entière” dans la vie politique, économique et sociale.
Le personnage clé est Mouaz al-Khatib. Imam de Damas, ancien Premier ministre intérimaire de l’opposition, il démissionne en mars 2013 pour refuser tout compromis avec le régime. Parédé le présente comme un réformiste : il défend les élections libres, les libertés civiles, les droits humains, et il cite son entretien avec Caroline Donati : “l’opposition ne vendra pas son pays”.
Ce choix a un sens : Parédé distingue l’islam politique armé de l’islam réformiste. Khatib représente la seconde voie, celle qui rend possible une démocratie compatible avec l’identité arabe.
3. L’égalité homme-femme ancrée dans la Charte de Médine
C’est le cœur de la section 4, p.82. Parédé remonte à la source : la Charte de Médine, 622. Il la qualifie de “première Constitution démocratique”. Son principe : l’État musulman est “construit sur l’édifice unifiant de la religion, sur la fraternité de tous ses membres au-delà de toutes les frontières raciales, nationales, sexuelles ou sociales”.
L’égalité n’est pas conditionnelle. Elle découle de la soumission à Dieu de “tous et toutes”. La hiérarchie n’existe que par la justice, pas par le sexe ou l’origine.
Parédé coupe court au débat “importé d’Occident” en montrant que le mouvement réformateur musulman a plaidé pour l’égalité depuis 1898 :
- Qâsim Amîn, Libération de la femme, 1899
- Mumtaz Ali, Les droits de la femme, 1898
- Tahar Haddad, Tunisie, pour l’amélioration de la condition féminine
Le mouvement “ne va cesser de se développer jusqu’à nos jours”. Autrement dit, la question des femmes n’est pas nouvelle. Elle a été confisquée, pas absente.
4. La fraternité coranique comme antidote à l’autoritarisme
Pages 80-81, Parédé mobilise le Dr al-Ajami pour montrer que l’égalité découle du contrat de foi. Sourate 9:71 : “Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres”. Sourate 49:10 : “Les croyants ne sont que des frères”.
Le hadith est tranchant : “Les hommes sont égaux comme les dents d’un peigne”. Le Coran abolit l’esclavage, impose la charité envers les parents, les orphelins, les voyageurs, et refuse l’arrogance.
L’enjeu est politique : si la fraternité est le principe, alors l’autoritarisme, la discrimination ethnique ou sexuelle sont des trahisons du texte, pas des conséquences. La loi est “au service de l’homme, pas l’homme au service de la loi”.
5. Ce que ça change pour la Nation arabe
Parédé construit une démonstration en 3 temps :
1. Preuve empirique : Libye et Tunisie 2011-2012 montrent que les femmes investissent la politique dès que l’espace s’ouvre.
2. Preuve textuelle : la Charte de Médine et le Coran posent l’égalité comme principe fondateur.
3. Preuve historique : le réformisme musulman du XIXe siècle a déjà mené ce combat.
La conclusion est dure pour les deux camps : pour les autoritaires, parce qu’ils ne peuvent pas invoquer l’Islam pour justifier la confiscation. Pour certains islamistes, parce que Parédé critique ouvertement les documents des Frères musulmans égyptiens qui remettent en cause l’égalité homme-femme.
En une phrase
La nation arabe et la démocratie ne demande pas la permission de parler des droits des femmes : il montre qu’ils sont la condition pour que la Nahda ne devienne pas une nouvelle Nakba.
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* Source : La Nation Arabe et la Démocratie de Stéphane Parédé
Éditions Vérone - 14 Janvier 2026