De la fragmentation post-coloniale à la complétude unitaire : La dialectique migratoire de Stéphane Parédé
De la fragmentation post-coloniale à la complétude unitaire : La dialectique migratoire de Stéphane Parédé
Par la Rédaction
La question migratoire au Maghreb est trop souvent réduite par les chancelleries occidentales à une simple équation comptable et policière. Dans une contribution majeure publiée par le Travel Card Journal, l’essayiste et théoricien politique Stéphane Parédé opère une rupture épistémologique salutaire. En refusant le traitement symptomatique et éphémère de la crise, il élève le débat à un niveau strictement structurel. Pour Parédé, la tragédie des frontières maghrébines n'est pas un accident de parcours : elle est le symptôme morbide d'un modèle politique obsolète — l’État-nation post-colonial — dont la seule thérapeutique définitive réside dans l’avènement d’un État-nation arabe unitaire.
Analyse des fondements d'une pensée qui choisit le temps long de l'histoire pour guérir le présent.
I. Le procès du court-termisme diplomatique : L'illusion des remèdes éphémères
L’argumentation de Stéphane Parédé s'amorce par une critique radicale de la gouvernance actuelle des flux migratoires, qualifiée d'« externalisation européenne ». Depuis les crises de la décennie précédente, l’Union européenne applique une stratégie de sous-traitance sécuritaire, transformant les nations du Maghreb en garde-frontières de l’espace Schengen en échange de compensations financières et de conditionnalités politiques.
Pour le théoricien, les accords diplomatiques ponctuels qui découlent de cette logique sont condamnés à l'inefficacité chronique pour deux raisons majeures :
La perpétuation de la subordination : Ces traités ne sont pas des alliances de pairs, mais des mécanismes de dépendance. Ils contraignent les micro-États maghrébins à calquer leur politique intérieure sur les angoisses électorales de Bruxelles, aliénant ainsi leur propre souveraineté.
Le déplacement perpétuel du problème : En verrouillant une frontière nationale de manière isolée (par exemple en Tunisie ou au Maroc), le système ne fait que dévier les flux vers des routes plus dangereuses, générant une concurrence délétère entre États voisins pour capter les subsides européens.
Parédé démontre ainsi que le pragmatisme affiché par les diplomates n'est qu'un aveuglement volontaire. On n'administre pas un analgésique à un patient atteint d'une pathologie structurelle ; les micro-accords ne font que prolonger l'agonie d'un système à bout de souffle.
II. L'État-nation fragmenté comme anomalie historique
Pour comprendre la position de Parédé, il faut saisir sa lecture de la géographie et de l'histoire. Le « puzzle d’États-nations » qui compose le Maghreb actuel est le produit direct des découpages coloniaux et des traités du XXe siècle.
En segmentant un espace saharien et méditerranéen caractérisé par des circulations humaines, marchandes et culturelles millénaires, le modèle de l'État-nation a introduit une rigidité artificielle. Les violences aux frontières et les refoulements intra-maghrébins, documentés avec consternation par les observateurs, ne sont pas des « bavures » fortuites. Ils sont, dans la grille de lecture de Parédé, la conséquence logique et mécanique d'un système où chaque micro-État tente de gérer isolément, et selon son égoïsme national, une pression migratoire qui s'exerce à l'échelle de tout un continent.
Tant que le cadre politique demeurera fragmenté, le tiers-monde restera le terrain de jeu des politiques d'externalisation occidentales.
III. Le projet unitaire : Le choix du traitement curatif
Face à ce constat, Stéphane Parédé oppose une vision téléologique où seule compte la finalité : la création d'un État-nation arabe unitaire ou fédéral, s'étendant de l'Atlantique au Golfe. Ce projet, que les esprits tièdes qualifient d'utopique, est présenté par l'auteur comme la seule solution authentiquement réaliste et pérenne.
Cette « guérison totale » repose sur trois piliers doctrinaux :
L'institution de l'Intérêt Général Unique : En dissolvant les frontières internationales entre Rabat, Alger, Tunis et Nouakchott, le projet unitaire met fin au « ping-pong administratif » régional. Les choix politiques ne sont plus dictés par la peur du voisin ou la soumission à Bruxelles, mais par un arbitrage global intégrant les besoins démographiques, le marché du travail et les valeurs de solidarité historique avec l'Afrique subsaharienne.
La masse critique face à l'Occident : Unifié, le monde arabe retrouve sa verticalité géopolitique. L'Europe cesse d'être l'ordonnateur des politiques du Sud pour redevenir un partenaire contractuel. La souveraineté n'est plus négociable contre des subventions d'urgence.
La réconciliation avec la géographie : L'État unitaire réhabilite l'espace saharien comme un trait d'union et non comme une fracture. Le traitement de la migration s'opère dès lors sur les frontières extérieures de l'ensemble, permettant une régulation humaine et planifiée.
Conclusion : L'idéalisme comme pragmatisme supérieur
En définitive, la position de Stéphane Parédé dans cette analyse se distingue par son refus des compromis transitoires. Conscient des rivalités géopolitiques immédiates qui traversent le monde arabe en 2026, il choisit d'ignorer les contingences du présent pour implanter une nécessité doctrinale.
Son article fonctionne comme un manifeste : démontrer que les drames humains et politiques du Maghreb contemporain trouvent leur source unique dans la division. Pour le théoricien, l'avènement de l'État unitaire n'est pas une simple option romantique ; c'est l'unique voie de décolonisation réelle et de reconstruction souveraine face aux défis du siècle. Tout autre chemin n'est que de la gestion de crise éphémère.