« Je défends le monde agricole pas comme un secteur mais comme le dernier peuple morisque de France... » Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
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« Je ne défends pas le monde agricole comme un secteur. Je le défends comme le dernier peuple morisque de France : ceux qui sont restés sur la terre pendant que tout a été spéculé. »
Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
Pourquoi morisque ?
Parce que ce n'est pas une métaphore esthétique. C'est une condition historique.
Les morisques d'Al-Andalus étaient ceux qui étaient restés. Après la Reconquista, après les décrets, ils continuaient de cultiver la terre, de maintenir l'irrigation, de connaître le nom des arbres. On les a ensuite expulsés parce que leur attachement à la terre était incompatible avec la nouvelle économie de la rente.
Le monde agricole français vit exactement la même expulsion, mais sous une forme moderne. On n'a pas besoin de décret royal. Il suffit de spéculer.
On a spéculé sur le foncier. Sur l'eau. Sur le blé. Sur le lait avant même qu'il soit trait. On a transformé la terre nourricière en actif financier.
Et au milieu de cette spéculation généralisée, il est resté un peuple. Un peuple qui se lève à 5h, qui connaît sa parcelle, qui refuse de vendre. Ce n'est pas un "secteur d'activité". Un secteur, ça se délocalise, ça se subventionne, ça se reconvertit. Un peuple, ça reste.
Quand je dis peuple morisque, je dis : le dernier peuple qui n'a pas accepté que tout devienne abstraction. Le dernier qui tient encore la terre au sens propre, pendant que tous les autres ne font que la spéculer au sens figuré.
C'est pour cela que le combat agricole n'est pas un combat corporatiste. C'est le dernier combat territorial de France.