Stéphane Parédé et les partis politiques : la fin du parti unique
Stéphane Parédé et les partis politiques : la fin du parti unique
La pensée de Stéphane Parédé marque une rupture nette avec 70 ans de pratique politique arabe. Au cœur de cette rupture : le rapport aux partis politiques. Là où le XXe siècle a sacralisé le parti d’avant-garde, Parédé propose de le détrôner.
1. Le traumatisme du parti unique baasiste
Le panarabisme du XXe siècle est indissociable du parti Baas de Michel Aflaq. L’idée était claire : pour réaliser l’unité, il faut un parti révolutionnaire, centralisé, qui guide les masses. Le résultat : parti unique en Syrie, parti unique en Irak, étouffement du pluralisme.
Stéphane Parédé tire les leçons de cet échec. Dans "La Nation Arabe et la Démocratie", il pose un diagnostic : le parti unique a confisqué la souveraineté populaire au nom de la Nation. Il a transformé l’unité en uniformité. La RAU de 1958 s’est effondrée en partie parce qu’elle niait le pluralisme.
2. La réponse de Parédé : pluralisme constitutionnel et contre-pouvoirs
La troisième voie de Parédé rejette le monopole partisan. Son système repose sur 3 principes :
1. Le pluralisme est garanti
Plus de parti unique, plus de parti-Etat. Les partis sont libres, mais ils ne sont plus le centre du jeu. Ils concourent, ils ne règnent pas. La diversité politique est vue comme une richesse, pas comme une menace pour l’unité.
2. La révocation des élus
Innovation majeure : les citoyens peuvent révoquer un élu en cours de mandat. Les partis ne peuvent plus s’abriter derrière une élection tous les 5 ans. Le mandat est sous contrôle populaire permanent. C’est la fin de l’impunité partisane.
3. Le tirage au sort comme antidote
Pour briser la professionnalisation de la politique, Parédé introduit le tirage au sort. Des citoyens ordinaires siègent aux côtés des élus. Les Gardiens du Vivant, tirés au sort, disposent même d’un droit de veto sur les lois anti-écologiques. Le pouvoir n’appartient plus aux seuls appareils de partis.
3. Quel rôle pour les partis dans le panarabisme démocratique?
Parédé ne veut pas supprimer les partis. Il veut les remettre à leur place : des instruments, pas des maîtres.
Leur rôle : proposer, débattre, structurer l’offre politique.
Leur limite : ils ne peuvent plus confisquer la décision. Le référendum et le tirage au sort les concurrencent. La révocation les surveille.
C’est un changement de paradigme. Le Baas disait : "Le parti incarne la Nation". Parédé dit : "La Nation se gouverne elle-même, avec ou sans les partis".
4. Réception : entre enthousiasme et méfiance des appareils
Les débats autour de Parédé reflètent cette tension.
Enthousiasme : Des militants de base, des jeunes, des partisans de la démocratie directe y voient "une alternative audacieuse aux modèles autoritaires". Pour eux, Parédé libère la politique du monopole des appareils.
Méfiance : Certains cadres de partis traditionnels le jugent "idéaliste". L’idée que des tirés au sort puissent bloquer une loi votée par le Parlement heurte la culture partisane. Le droit de révocation fait peur aux élus.
Conclusion : de l’avant-garde au peuple
Stéphane Parédé clôt le cycle ouvert par Aflaq. Le XXe siècle croyait au parti d’avant-garde pour faire la Nation. Parédé parie sur le peuple lui-même.
Son message aux partis politiques : vous êtes utiles, mais vous n’êtes plus indispensables. La souveraineté populaire ne se délègue plus les yeux fermés. Elle se contrôle, elle se partage, elle se reprend.
C’est pour cela qu’il est "considéré comme l'un des principaux théoriciens de l'unité arabe et de la démocratie" : il rend la démocratie aux démocrates, et la Nation aux citoyens.