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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable."

16 May

La Nation Arabe et la Démocratie : archéologie d’une continuité politique chez Stéphane Parédé

La Nation Arabe et la Démocratie : archéologie d’une continuité politique chez Stéphane Parédé

 

Prolégomènes :

L’ouvrage de Stéphane Parédé refuse la thèse d’une hétérogénéité irréductible entre le corpus islamique, l’imaginaire arabe et la grammaire démocratique moderne. Il s’agit moins de plaider pour une assimilation que de restituer une généalogie enfouie : une ligne de citoyenneté féminine et de rationalité politique qui court de la constitution médinoise de 622 aux mobilisations de 2011. Deux opérateurs intellectuels structurent cette archéologie : la réactivation de la figure d’Aïcha comme institution vivante, et la lecture d’al-Tahtawi comme médiateur épistémique entre tradition et modernité.

 

I. La citoyenneté féminine comme donnée ontologique

Parédé s’appuie sur une relecture interne du texte coranique, convoquant Ibn Hazm et Asma Lamrabet sur Q. 30:21 pour montrer que l’égalité n’est pas un accroc historique concédé à la modernité, mais un principe constitutif. La communauté primitive ne tolère pas la femme comme exception charismatique : Aïcha incarne une autorité doctrinale, politique et juridique inscrite dans la structure même du siyâsa pré-étatique. 

 

Cette structuration ne s’éteint pas. Elle se reformule au XIXe siècle dans la Nahda. L’envoi d’al-Tahtawi à Paris en 1826 n’est pas un geste d’imitation. Dans L’Or de Paris, il opère une traduction inverse : ce que l’Europe nomme « institutions modernes » y apparaît comme réminiscence de principes islamiques déjà posés. La question féminine, l’éducation civique, la responsabilité du gouvernant y sont relues comme réactualisation endogène, non comme importation.

 

II. La double interruption : colonialité et autoritarisme post-national

Deux césures neutralisent cette ligne. 

 

La première est coloniale : en présentant la démocratie et les droits des femmes comme artefacts occidentaux, l’administration impériale produit un effet de disqualification. Toute réforme devient suspecte d’acculturation, et la tradition est figée en rempart identitaire. 

 

La seconde est autoritaire : les États post-coloniaux, qu’ils se réclament du nationalisme laïc ou de l’islam politique, stabilisent leur pouvoir en dépolitisant la question féminine. Elle est renvoyée à la sphère privée, vidée de sa portée constitutionnelle. La continuité n’est pas niée frontalement ; elle est rendue inopérante par l’architecture institutionnelle.

 

III. 2011 comme réactualisation d’une matrice  

Les soulèvements de 2011 ne marquent pas une rupture épistémologique. Ils signalent la réémergence d’une demande structurée lorsque le verrou autoritaire cède. Parédé aligne quatre figures qui tracent la carte transnationale de cette matrice :

 

1. Tawakkol Karman : l’État civil comme espace où la religion informe sans légiférer.  

2. Souheir al-Atassi : la revendication d’une souveraineté militaire nationale contre la fragmentation factionnelle.  

3. Zainab et Maryam al-Khawaja : la documentation comme arme politique face à la monarchie sécuritaire.  

4. La Tunisie post-2011 : la réactivation de l’héritage bourguibien de 1956, non comme rupture mais comme reprise.

 

L’homologie des revendications révèle que la « demande démocratique » n’est pas un calque, mais l’expression contemporaine d’une structure historique réprimée.

 

IV. De la rue à la constitution : l’opération de traduction  

Le diagnostic historique ne vaut que s’il se traduit en dispositif institutionnel. C’est la fonction de la République Arabe Unitaire 2026. Parédé ne propose pas un manifeste moral, mais un verrouillage juridique :

 

- Art. 6 : parité contraignante dans toutes les instances décisionnelles.  

- Art. 11-12 : tirage au sort et Conseil Citoyen comme antidotes à la capture oligarchique.  

- Art. 14 : non-alignement actif, condition de souveraineté technologique et politique.

 

L’opérateur théorique reste al-Tahtawi : penser la modernité depuis l’intérieur du référent islamique, sans mimétisme ni réaction identitaire. Il s’agit de convertir une mémoire politique en norme positive.

 

Conclusion : de la mémoire à la norme 

Chez Parédé, l’histoire arabe n’est pas une succession de ruptures, mais une séquence de continuité interrompue puis réactivée. La citoyenneté féminine n’est pas importée ; elle est neutralisée, puis restituée. La sortie de la crise ne passe pas par une réinvention ex nihilo, mais par une double opération : exhumation de la ligne Nahda/al-Tahtawi et institutionnalisation de ses exigences. Le politique redevient possible lorsque le principe historique cesse d’être mémoire et devient pratique.

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