La place des femmes dans la Nation arabe : la reconnexion en acte - Lecture des pages 63 à 92 de Stéphane Parédé, Femmes et droits dans la Nation arabe et la démocratie, Éditions Vérone
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La place des femmes dans la Nation arabe : la reconnexion en acte
- Lecture des pages 63 à 92 de Stéphane Parédé, Femmes et droits dans la Nation arabe et la démocratie, Éditions Vérone
Stéphane Parédé ne traite pas la question des femmes comme un appendice sociétal. Il en fait l’épreuve de vérité du projet politique arabe moderne. De la page 63 à la page 92, il montre que la participation des femmes n’est pas une concession à l’Occident, mais la réactivation d’une mémoire du pacte qui remonte à Médine 622. L’argument est simple et exigeant : une Nation arabe qui exclut la moitié de sa population ne peut prétendre à la légitimité.
1. Les femmes comme acteurs des révolutions, non comme symboles
Parédé ancre son analyse dans les faits de 2011-2012. La révolution libyenne du 17 février “a été un élément fondamental dans le processus de l’engagement social des femmes en Libye”. Il ne s’agit pas d’une ouverture accordée d’en haut, mais d’une irruption organisée : 600 candidates sur 6000 au Congrès général national, participation active à la reconstruction du pays.
En Tunisie, l’Assemblée constituante élue en novembre 2011 compte 28,11% de femmes. Parédé note le cas de Meherzia Labidi, vice-présidente d’Ennahda, élue avec 80% des voix. Au Maroc, les réformes du Code de la famille et du Code de la nationalité s’accompagnent d’une volonté politique affirmée par le Premier ministre Benkirane.
Le fil conducteur est clair : les femmes ne demandent pas l’autorisation d’entrer dans l’espace public. Elles y entrent, avec les outils médiatiques disponibles, et elles démontrent “une grande soif de démocratie”. Pour Parédé, c’est la preuve que le sujet politique arabe ne peut plus être pensé au masculin singulier.
2. L’enracinement : de Médine à Qâsim Amîn
L’originalité de Parédé est de refuser l’alternative stérile entre importation et rupture. Il montre que l’égalité des droits est déjà présente dans la mémoire juridique et théologique arabe.
La Constitution de Médine, “première Constitution démocratique”, fonde une communauté où les droits et devoirs ne dépendent pas de l’appartenance tribale ou sexuelle. Le Coran, selon le Dr al Ajami cité par Parédé, impose “l’égalité absolue des êtres” et rejette “toute forme d’autoritarisme”. La Sourate 49 v.10 “Les croyants sont frères” devient le principe d’une fraternité qui inclut les femmes.
Sur le plan moderne, Parédé suit la ligne qui va de Qâsim Amîn 1899 à Michel Aflaq 1946. Amîn pose que “une nation ne se relève pas si la moitié de sa population reste analphabète”. Aflaq intègre l’égalité des droits politiques, économiques et sociaux des femmes dès les statuts du Ba’th en 1946. La trahison viendra des régimes néo-ba’thistes après 1966, mais la source intellectuelle existait.
3. L’écart entre droit et effectivité, et la nécessité des institutions
Parédé ne cède pas à l’optimisme formel. Il constate l’écart entre les textes et la pratique. Au Maroc, les réformes du Code de la famille coexistent avec des violences persistantes. En Égypte, le projet porté par les Frères musulmans à l’ONU en mars 2013 contredit “les principes établis de l’Islam” sur les femmes et les enfants. En Syrie, la Constitution de 2012 affirme l’égalité, mais “la situation reste inchangée”.
C’est ici que sa proposition institutionnelle prend tout son sens. L’égalité ne tient pas sans mécanismes qui limitent le pouvoir. Un Conseil Citoyen tiré au sort, un droit de saisine populaire, un tribunal constitutionnel : ces instruments ne sont pas des importations techniques, mais la condition pour que le pacte ne soit pas confisqué par une bureaucratie sécuritaire. Sans déconcentration, le droit devient lettre morte.
4. Une politique qui part de l’en bas
Ce qui rend la lecture de Parédé positive, c’est qu’elle ne mise pas sur un messie politique. Il cite l’action d’Ennahda en Tunisie, qui “va définir sa politique en faveur des droits des femmes” en rejetant “toute forme de marginalisation économique et de l’exploitation sociale”. Il cite le travail du ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social au Maroc sous Bassima Hakkaoui, qui s’engage à “renforcer la participation de la femme rurale” et à “protéger la liberté de la femme contre toute imposition de style vestimentaire”.
L’action est locale, concrète, mesurable. Elle ne dépend pas d’un coup d’État, mais d’une capacité à organiser la société civile, à former, à légiférer, à contrôler.
Conclusion : la Nation se mesure à la place qu’elle donne aux femmes
De la page 63 à la page 92, Parédé construit une démonstration : la Nation arabe ne se reconstruira pas contre les femmes, ni sans elles. La mémoire de Médine, le combat de Qâsim Amîn, l’engagement des Libyennes en 2011, les réformes marocaines et tunisiennes dessinent une continuité. La rupture n’est pas avec l’islam, mais avec l’idée qu’un État peut être légitime en excluant la moitié de ses citoyens.
La pensée de Parédé est positive parce qu’elle refuse le désespoir historique. Elle dit : le travail a été fait, les acteurs existent, les sources sont là. Il reste à bâtir les institutions qui empêchent le pouvoir de recapturer la société. Et sur ce terrain, la place des femmes n’est pas un indicateur parmi d’autres. Elle est le test.