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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable."

20 May

La place des femmes : le test de la Nation arabe  - Lecture de Stéphane Parédé dans la Nation arabe et la démocratie, p.63-92

 

La place des femmes : le test de la Nation arabe

 - Lecture de Stéphane Parédé dans la Nation arabe et la démocratie, p.63-92

 

Dans la Nation arabe et la démocratie, Stéphane Parédé ne traite pas la question des femmes comme un sujet annexe. Il en fait le critère de validité du projet politique arabe moderne. De la page 63 à 92, il montre qu’une Nation qui exclut la moitié de sa population ne peut prétendre à la légitimité, et qu’une Nation qui l’inclut retrouve sa mémoire.

 

Le point de départ est factuel. Parédé documente la participation des femmes aux révolutions de 2011-2012. En Libye, “la révolution du 17 février a été un élément fondamental dans l’engagement social des femmes”. Elles deviennent des acteurs nationaux, avec 600 candidates au Congrès général national. En Tunisie, l’Assemblée constituante compte 28,11% de femmes, dont Meherzia Labidi, vice-présidente élue à 80%. Au Maroc, les réformes du Code de la famille et du Code de la nationalité s’accompagnent d’une volonté politique affirmée. Pour Parédé, ces faits invalident l’idée d’une passivité féminine. Les femmes utilisent les outils disponibles et démontrent “une grande soif de démocratie”.

 

L’originalité de son analyse est de montrer que cette participation n’est pas une importation. Elle est une reconnexion. Parédé mobilise la Constitution de Médine 622, “première Constitution démocratique”, qui fonde une communauté au-delà des clivages ethniques et sexuels. Il cite le Coran selon le Dr al Ajami : l’Islam prône “l’égalité absolue des êtres” et rejette “toute forme d’autoritarisme”. La Sourate 49 v.10 “Les croyants sont frères” devient le principe d’une fraternité inclusive. 

 

Sur le plan moderne, il trace une ligne de continuité de Qâsim Amîn 1899 à Michel Aflaq 1946. Amîn pose que “une nation ne se relève pas si la moitié de sa population reste analphabète”. Aflaq intègre l’égalité des droits dès les statuts du Ba’th. La trahison viendra des régimes qui suivront, mais la source intellectuelle existait. L’égalité n’est donc pas étrangère à la tradition arabe. Elle en a été écartée.

 

Parédé ne cède pas à l’angélisme. Il note l’écart entre droit et pratique : violences au Maroc, projet régressif des Frères musulmans à l’ONU en 2013, Constitution syrienne de 2012 sans effet concret. D’où sa conclusion : le droit seul ne suffit pas. Il faut des institutions qui limitent le pouvoir. Un Conseil Citoyen tiré au sort, un droit de saisine populaire, un tribunal constitutionnel. Sans déconcentration, le pacte est confisqué.

 

Ce qui rend sa pensée positive, c’est qu’elle ne mise pas sur un sauveur. Elle mise sur l’action locale et organisée. Il cite Ennahda en Tunisie, le travail du ministère de la Solidarité au Maroc sous Bassima Hakkaoui, les efforts pour la participation des femmes rurales et contre l’imposition vestimentaire. L’action est concrète, mesurable, réplicable.

 

La thèse finale est claire : la Nation arabe se reconstruira avec les femmes ou ne se reconstruira pas. La mémoire de Médine, le combat de Qâsim Amîn, l’engagement des Libyennes, les réformes tunisiennes et marocaines forment une continuité. Le défi n’est pas culturel, il est institutionnel. 

 

Lire Parédé, c’est comprendre que l’égalité des femmes n’est pas un prix à payer pour la modernité. C’est la condition pour que la modernité soit arabe.

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