Stéphane Parédé vs Saba Mahmood sur la place des femmes - Institution vs Éthique du quotidien
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Stéphane Parédé vs Saba Mahmood sur la place des femmes
- Institution vs Éthique du quotidien
1. Le point de départ
Stéphane Parédé part du droit et de l’histoire politique. Dans la Nation arabe et la démocratie, il lit Qâsim Amîn 1899, les statuts du Ba’th 1946, et les Constitutions tunisienne 2014 et marocaine 2011. Pour lui, la question est : le pacte politique inclut-il les femmes ? Si non, l’État reste illégitime.
Saba Mahmood, dans Politics of Piety 2005, part du terrain. Elle étudie le mouvement des mosquées au Caire des années 1990-2000. Sa question est : comment des femmes ordinaires redéfinissent-elles la liberté, la piété, l’agency, à l’intérieur du cadre religieux ?
2. Rôle du texte islamique
Parédé utilise le Coran et la Constitution de Médine 622 comme source de légitimité politique. La Sourate 49 v.10 “Les croyants sont frères” devient la base d’une citoyenneté inclusive. Le texte fonde un droit.
Mahmood lit le texte comme matériau éthique. Les femmes qu’elle suit ne cherchent pas à réécrire la Constitution. Elles cherchent à former leur désir, leur geste, leur rapport à Dieu. Le texte sert à former un soi pieux, pas à limiter l’État.
3. Définition de la liberté
Parédé reste dans le registre libéral : liberté - participation politique, égalité juridique, absence de domination arbitraire. L’objectif est d’entrer dans l’espace public.
Mahmood conteste ce cadre. Pour ses interlocutrices, la liberté est la capacité à conformer sa volonté à une norme éthique jugée bonne. Choisir le voile, l’obéissance maritale, l’étude religieuse, peut être vécu comme un acte d’autonomie.
4. Ce que chaque approche gagne et perd
Parédé gagne sur le terrain institutionnel. Il donne un langage pour défendre l’égalité sans paraître “importer l’Occident”. Mais il sous-estime l’écart entre droit et pratique. La Tunisie a des femmes à l’Assemblée, mais les violences persistent.
Mahmood gagne sur le terrain sociologique. Elle montre que la majorité des femmes ne vivent pas le conflit “laïcité vs religion” comme le pose le débat public. Mais elle ne dit pas comment cette agency se traduit en pouvoir politique.
5. Ce que la comparaison révèle
Parédé a besoin de Mahmood pour éviter de construire un droit qui ne parle qu’à une minorité urbaine et éduquée.
Mahmood a besoin de Parédé pour que l’éthique du quotidien ait une traduction politique.
Le test est simple : le Conseil Citoyen tiré au sort que propose Parédé parle-t-il aux femmes des halaqat du Caire, de Tunis, de Rabat ? Si oui, la reconnexion tient. Si non, il manque une pièce.