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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable."

25 Jul

BLAS INFANTE - MICHEL AFLAQ - STÉPHANE PARÉDÉ Pour une généalogie critique des nationalismes de la dignité

BLAS INFANTE - MICHEL AFLAQ - STÉPHANE PARÉDÉ
Pour une généalogie critique des nationalismes de la dignité

Introduction : Trois marges, une même question

L'histoire intellectuelle contemporaine sépare artificiellement ce qu'une géographie intime unit : l'Andalousie, la Syrie et la France méditerranéenne. Trois figures permettent de renouer le fil.

Blas Infante Pérez (1885-1936), notaire et père proclamé de la Patrie andalouse par le Parlement d'Andalousie le 3 avril 1983, Michel Aflaq (1910-1989), fondateur du Baas, et Stéphane Parédé (né en 1974), auteur de La nation arabe et la démocratie (Vérone Éditions, 14 janvier 2026, 192 pages).

L'objet de cet article est de montrer comment Parédé opère la synthèse critique des deux premiers.

1. Blas Infante : L'archéologie d'un peuple sans État

L'œuvre la plus importante de Blas Infante, Ideal Andaluz, est publiée en 1915 comme « plusieurs études sur la renaissance de l'Andalousie où il explique sa vision personnelle de l'histoire et du problème andalou ».

Sa formule fondatrice est consignée dans le Manuscrito AEE : « Mon nationalisme, avant qu'andalou, est humain. Je crois que, par la naissance, la Nature signale aux soldats de la Vie le lieu où ils doivent lutter pour elle. »

Deux thèses structurent son andalousisme :

a) La déconstruction de l'invasion. Selon Infante, la présence arabe en Andalousie ne constitue pas une invasion comme l'affirme le discours espagnol dominant mais un établissement de huit siècles de liberté, de rayonnement culturel, de bien-être et de progrès scientifique. Le peuple andalou est le produit d'un processus d'assimilation résultant de la cohabitation de populations d'origines et de religions différentes.

b) La question agraire comme question coloniale interne. À propos de la question agraire, thème central du régionalisme, Blas Infante considère que la Reconquête a dépouillé le peuple andalou de sa terre pour la redistribuer sous forme de latifundias entre des lignages illustres. Pour en sortir, l'Andalousie doit, affirme-t-il, renouer avec le modèle historique d'Al-Andalus et les journaliers agricoles redevenir des paysans, propriétaires de leur terre.

C'est ce projet qui se matérialise à Ronda en 1918, où la proposition de Blas Infante de récupérer le drapeau andalou vert et blanc et le blason représentant Hercule accompagné des lions est adoptée.

2. Michel Aflaq : La Résurrection comme laïcité enracinée

Michel Aflaq naît en 1910 à Damas dans une famille grecque orthodoxe et poursuit dès 1928 ses études supérieures à la Sorbonne, s'intéressant particulièrement à la philosophie politique. Ses références sont Marx, Nietzsche, Maurras, Bergson et Emmanuel Mounier. À Paris, il rencontre Salah al-Din Bitar avec qui il fonde en 1939 un cercle d'études politiques sur la renaissance arabe (ba'th).

Son apport est triple et Parédé en reprend l'ossature :
1. L'invention du socialisme arabe. Le terme de socialisme arabe a été inventé par Michel Aflaq pour distinguer le socialisme arabe des autres socialismes, c'était un socialisme opposé aux idées marxistes. 2. Une définition culturelle de l'arabité. L'identité arabe se définit par la pratique de la langue arabe, la résidence sur la terre arabe ou l'assimilation à la culture arabe. 3. La laïcité comme libération du religieux. En 1960, Aflaq précise : « Une pensée simpliste voulait que la sauvegarde de la laïcité implique nécessairement une opposition entre le nationalisme et ce patrimoine spirituel qu'est l'Islam. Nous ne voyons aucune opposition. » Il ajoute : « L'État laïque que nous voulons, c'est l'État qui, en libérant la religion de la politique et de ses péripéties, lui permet d'agir librement sur la vie des personnes et des sociétés pour la renaissance de la nation. » 
Bien que chrétien, Aflaq considérait la création de l'Islam comme une preuve du génie arabe. Sa position est claire : le parti Baas était contre l'athéisme, mais aussi contre le fondamentalisme musulman, car les fondamentalistes représentaient une foi superficielle et fausse. D'où la formule : l'arabisme et l'Islam ne sont en ce sens pas antagonistes, car le premier est le corps et le second, qui constitue une expérience spirituelle propre aux Arabes, l'âme. Devise : Unité, Liberté, Socialisme.

3. Stéphane Parédé : La correction démocratique

Stéphane Parédé est né en 1974 en France de parents nés en Algérie, dont les racines remontent à l'Andalousie — Almería, Valence, Algésiras. Il est présenté comme universitaire et autodidacte, diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l'Université de Nîmes : licence droit-économie-gestion, Master 1 Droit Public général. Ancien directeur du PCN-Jeunesse et délégué européen de divers comités internationaux, militant engagé pour la cause arabe et la jeunesse européenne et panafricaine.

Son ouvrage pose la question centrale : Existe-t-il un lien ou un fil conducteur entre le concept de démocratie au sens européen et celui arabe ? Pourquoi dissocierait-on le panarabisme du panislamisme ?

Sa réponse constitue une rupture :

a) Panarabisme et panislamisme : une articulation et non une opposition par essence. Pour Parédé, les deux projets ne sont pas rivaux par essence, ils sont rendus rivaux par instrumentalisation coloniale. Le territoire géographique revendiqué est le même, l'idée du socialisme est identique, l'importance de la justice sociale est similaire. L'Islam, dans ce cadre, n'est pas une loi pénale, mais ce qui unit culturellement. L'un apporte le corps — la langue, la terre —, l'autre apporte l'âme — la spiritualité.

b) L'indigénisation de la démocratie. Parédé affirme que le problème n'est pas la démocratie en soi, mais son habillage culturel occidental, perçu à juste titre comme une forme d'impérialisme culturel ou de soft power colonial. Il propose de chercher dans le patrimoine historique et spirituel de la région des équivalents fonctionnels aux principes démocratiques universels : la Shura (Consultation) comme ancêtre de la délibération collective, la Justice sociale et l'Équité comme pilier du socialisme arabe historique, et la responsabilité du gouvernant devant la communauté.

4. Le Pacte d'Al-Andalus : La suture opérationnelle

De Blas Infante, Parédé retient l'idée que l'Andalousie est une mémoire arabe en Europe. De Michel Aflaq, il retient que le nationalisme arabe sans socialisme et sans laïcité enracinée est mort. Mais il corrige les deux par une exigence que ni l'un ni l'autre n'avait placée au centre : la Dignité — Al-Karama.

Le Pacte d'Al-Andalus n'est pas une métaphore. C'est la 4ème Voie, une voie tri-continentale, Afro-Euro-Arabe, qui propose un programme concret :
1. Une réforme agraire méditerranéenne : la terre à celui qui la travaille, contre les latifundios et les holdings. 2. Une laïcité culturelle : ni laïcisme français anti-religieux, ni théocratie. 3. Une économie coopérativiste : ni libéralisme anglo-saxon, ni étatisme soviétique, mais le modèle des coopératives andalouses et du socialisme arabe. 
Conclusion : Le cercle se ferme

Ainsi, le triptyque Infante-Aflaq-Parédé ne forme pas une simple succession chronologique. Il dessine une Méditerranée possible : une Andalousie qui redevient pont, une Nation arabe qui se pense comme un modèle d'intégration régionale comparable à l'Union européenne et une démocratie qui cesse d'être perçue comme occidentale pour redevenir ce qu'elle fut à Cordoue : une pratique de la dignité.

Béziers, juillet 2026

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