L’autre Révolution des œillets : comment le monde arabe a pensé la démocratie avant l'Occident selon Stéphane Parédé
L’autre Révolution des œillets : comment le monde arabe a pensé la démocratie avant l'Occident selon Stéphane Parédé
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Et si l’Occident n’avait rien inventé ? Dans son essai décapant La nation arabe et la démocratie, le politologue Stéphane Parédé prend à contre-pied des décennies de préjugés orientalistes. Sa thèse est un pavé dans la mare : les structures fondamentales de la démocratie moderne ne sont pas nées dans les salons des Lumières, mais sont inscrites depuis des siècles dans l’ADN philosophique, social et rituel du monde arabo-musulman.
Pendant près d’un siècle, les chancelleries et les instituts de recherche occidentaux ont disséqué « l’exception arabe », ce concept un brin condescendant censé expliquer pourquoi la greffe démocratique refusait de prendre au Moyen-Orient. Pour Stéphane Parédé, l'erreur de diagnostic est totale. La démocratie n'a pas échoué par incompatibilité culturelle ; elle a été étouffée par l'illusion qu'elle devait obligatoirement parler anglais ou français pour exister.
Dans un ouvrage majeur publié aux Éditions Vérone, le chercheur démontre que la pensée arabo-musulmane n'a nul besoin d'importer des concepts clés en main. Elle possède déjà ses propres anticorps face à l'autoritarisme, articulés autour d'une trilogie conceptuelle implacable : la Choura, le Takaful et l’égalitarisme des Cinq piliers.
Le procès de l'autocratie par la Choura :
Le premier coup de boutoir de Parédé contre les idées reçues s'attaque à la nature même du pouvoir. Là où l’imaginaire collectif occidental plaque volontiers la figure du despote oriental absolu, l’auteur oppose le principe constitutionnel de la Choura (الشورى).
Loin d’être une simple courtoisie protocolaire, la consultation obligatoire des représentants de la communauté (l'Oumma) est, selon lui, l'ancêtre direct de la démocratie délibérative et du parlementarisme. En interdisant théologiquement et philosophiquement l'exercice solitaire et absolu du pouvoir, la Choura pose les jalons d'une souveraineté partagée. Le débat public et le pluralisme ne sont plus des exigences imposées par la mondialisation, mais des devoirs endogènes négligés par l'histoire moderne.
Le Takaful ou l'invention de l'État-providence :
La grande force de la démonstration de Stéphane Parédé est de lier intimement liberté politique et justice économique, refusant le modèle d'une démocratie purement formelle. C'est ici qu'intervient le Takaful (التكافل), la responsabilité mutuelle.
L’auteur opère une synthèse magistrale entre ce précepte de solidarité et les aspirations du socialisme arabe du XXe siècle. Le Takaful transforme la charité en un droit à la dignité (Karama). Il devient le fondement d'une « démocratie sociale » où l'État a le devoir d'intervenir pour redistribuer les richesses et protéger les plus vulnérables. En clair, la justice sociale n'est pas une option de gauche, elle est le socle de la stabilité nationale.
Les Cinq Piliers : la citoyenneté par le bas
L'analyse culmine avec une relecture proprement sociologique des rituels de l'Islam, extirpés de la seule piété privée pour être analysés comme des outils de construction civique :
L'horizontalité du rite (La Prière et le Pèlerinage) : En imposant au souverain et au mendiant de s'aligner côte à côte, habillés du même tissu blanc lors du Hajj, la tradition brise visuellement et anthropologiquement toutes les barrières de classe ou de race. C’est la préfiguration de l’égalité civique absolue devant la loi.
L'impôt sur la fortune originel (La Zakat) : Analysée comme un mécanisme obligatoire de transfert de richesse, la Zakat prouve que l'équité économique est codée dans la structure même de la société.
Le sursaut de la souveraineté :
En réconciliant le panarabisme et les valeurs profondes de l'Islam, Stéphane Parédé ne propose pas une énième théorie réformiste. Il sonne l'heure de l'émancipation intellectuelle d'une région trop longtemps sommée de choisir entre la dictature et l'acculturation occidentale. La nation arabe et la démocratie est un manifeste souverain, qui rappelle que pour bâtir son avenir, le monde arabe doit simplement réapprendre à lire son passé.
La nation arabe et la démocratie, de Stéphane Parédé, Éditions Vérone, janvier 2026.
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