« Le choc des civilisations n'aura pas lieu : pourquoi la démocratie est génétiquement arabe » selon Stéphane Parédé
« Le choc des civilisations n'aura pas lieu : pourquoi la démocratie est génétiquement arabe » selon Stéphane Parédé
/image%2F7214338%2F20260704%2Fob_8be80f_1000032981.jpg)
Il est intéressant de voir comment Stéphane Parédé structure sa démonstration pour convaincre son lecteur dans ses écrits de manière générale et dans son dernier ouvrage La nation arabe et la démocratie publié aux Éditions Vérone en janvier 2026. Il ne se contente pas d'affirmer que des points communs existent : il démonte la rhétorique de l'incompatibilité en utilisant une méthode en trois étapes analytiques.
Voici les grands axes de sa démonstration :
1. La déconstruction du monopole occidental sur la démocratie
Le premier angle d'attaque de l'auteur consiste à rappeler une vérité historique : la démocratie n'est pas un bloc monolithique né en Occident.
Il rappelle que les démocraties occidentales actuelles (libérales, parlementaires, représentatives) sont le fruit d'une longue évolution et qu'elles ont mis des siècles à se stabiliser, en passant par des crises majeures.
En séparant l'essence de la démocratie (le pouvoir au peuple, l'égalité, la justice) de ses modalités occidentales (le modèle de Westminster, le présidentialisme à l'américaine), Parédé ouvre la voie à d'autres formes de modernité politique. Pour lui, rejeter l'impérialisme culturel occidental ne signifie pas rejeter la démocratie.
2. L'approche sémantique et conceptuelle (La légitimité par les mots)
Pour toucher son public et s'ancrer dans la pensée arabo-musulmane, l'auteur réalise un travail de traduction philosophique. Il montre que le lexique islamique traditionnel contient des concepts politiques d'une modernité absolue :
Souveraineté contre absolutisme : À travers la Choura, il démontre que le pouvoir absolu d'un seul homme est théologiquement et philosophiquement illégitime en Islam. Si le dirigeant doit consulter, c'est que la vérité politique naît du collectif, ce qui rejoint le principe démocratique de la délibération.
Le contrat social : Parédé fait un parallèle entre les théories occidentales du contrat social (Rousseau, Locke) et les pactes d'allégeance historiques (Bay'ah) dans la tradition musulmane, où le pouvoir du gouvernant est conditionné au respect de la justice et du bien-être de la communauté. Si le gouvernant rompt ce pacte de confiance, il perd sa légitimité.
3. L'égalitarisme anthropologique du rituel
C’est sans doute la partie la plus sociologique de sa démonstration. L'auteur soutient que l'Islam a horizontalisé les rapports sociaux d'une manière révolutionnaire pour l'époque de son apparition, créant un terrain fertile pour l'égalité démocratique :
L'effacement des privilèges : Dans une région alors dominée par des structures tribales et oligarchiques strictes, les rituels (comme la prière ou le pèlerinage) ont instauré une égalité anthropologique radicale. En insistant sur le fait qu'« aucun Arabe n'est supérieur à un non-Arabe si ce n'est par la piété », la pensée originelle pose les bases d'une citoyenneté universelle, détachée du sang, du rang ou de la fortune.
La citoyenneté socio-économique : Avec le Takaful et la Zakat, il démontre que la pensée arabo-musulmane considère la pauvreté non pas comme une fatalité, mais comme une faille systémique que la société doit corriger. C’est la démonstration que la justice sociale est une condition préalable à l'exercice d'une citoyenneté digne.
/image%2F7214338%2F20260704%2Fob_c1cd70_1000032677.jpg)
En résumé
La démonstration de Stéphane Parédé repose sur un principe de redécouverte et de réhabilitation. Il cherche à prouver que le monde arabo-musulman n'a pas besoin de copier l'Occident pour se démocratiser, mais qu'il lui suffit de puiser dans son propre patrimoine pour activer des mécanismes démocratiques qui y dorment depuis des siècles.