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"Réflexions et analyses sur la démocratie, la justice sociale et la solidarité. Un espace de débat et de réflexion pour un monde plus juste et plus équitable." LA VOIX TRICONTINENTALE صوت القارات الثلاث

15 Sep

JOSEP DOMÈNECH AVELLANET (1918-1942) : LE GARDIEN DE LA BISAGRA

JOSEP DOMÈNECH AVELLANET (1918-1942) : LE GARDIEN DE LA BISAGRA
Premier Pilier de la 4e Voie Tricontinentale Euro-Méditerranéenne & Africaine

Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes - Montpellier, 15 septembre 2026

Poète, milicien de la Colonne Durruti, 26 poèmes écrits à la mine de plomb sur papier à rouler dans la prison de La Model. Fusillé à 23 ans. Oublié 54 ans. Il devient aujourd'hui le premier Gardien officiel de la Bisagra ibérique.

1. Biographie et militantisme

Josep Domènech Avellanet naît à Barcelone le 13 septembre 1918. Il réside et développe l'essentiel de son activité libertaire dans les quartiers ouvriers de La Torrassa et Santa Eulàlia, à L'Hospitalet de Llobregat.

Pendant la Guerre d'Espagne, il participe activement aux Patrouilles de Contrôle locales - ces groupes formés au début de la guerre pour assurer l'ordre révolutionnaire - et combat sur le front républicain au sein de la célèbre Colonne Durruti.

Il a tout juste 18 ans en 1936.

2. Le procès militaire franquiste

Après la défaite républicaine, il est arrêté et incarcéré à la prison de La Model au début du mois de septembre 1939. Il passe près de trois ans en captivité, subissant de durs interrogatoires.

Comme pour de nombreux républicains et anarchistes, il est soumis aux procédures des tribunaux militaires d'exception du régime franquiste (Tribunales de Bando de Guerra).

L'accusation officielle : "rébellion militaire" (rebelión militar). Ironie tragique du système judiciaire franquiste : ceux qui étaient restés fidèles au gouvernement légal de la République étaient accusés de rébellion par ceux qui avaient mené le coup d'État.

Il lui est reproché d'avoir fait partie des Patrouilles de Contrôle à L'Hospitalet de Llobregat. Le tribunal ne tient aucun compte de son jeune âge pendant le conflit.

Après presque trois ans d'attente et de faux espoirs dans les cellules de La Model, il est condamné à la peine capitale et exécuté au Camp de la Bota au matin du 26 juin 1942. Il a 23 ans.

Sources : manelaisa.com, negreverd.blogspot.com

3. Captivité et œuvre poétique : Les poèmes clandestins de Úniques

Pendant son séjour en cellule, il écrit en secret une série de poèmes poignants, d'une grande sensibilité amoureuse et existentielle, sur du papier à rouler les cigarettes, à la mine de plomb.

Sa compagne, Natàlia Sans, réussit à récupérer et à conserver ces écrits précieux lors de ses visites au parloir. Ces bouts de papier, froissés et dissimulés à chaque fin de visite, ont survécu à la fouille des gardiens.

L'un de ses fragments les plus célèbres exprime sa nostalgie de la liberté :
« Más allá de los muros, la calle... » / « Au-delà des murs, la rue... »

Le recueil Úniques (Uniques), publié tardivement en 1996 par la Fundació d'Estudis Llibertaris i Anarco-Sindicalistes, contient 26 poèmes.

On y trouve deux grands axes thématiques :
• L'amour et l'absence : Dédiés à sa compagne Natàlia Sans, les poèmes évoquent la souffrance de la séparation et la sanctuarisation de l'être aimé face à la laideur de la prison.  • L'existentialisme et le pressentiment de la mort : Domènech y exprime une mélancolie lucide. Dans l'un de ses poèmes intitulé Desilusión (Désillusion), il écrit sur le sentiment de percevoir le monde à travers les « échos de claires distances », prisonnier du silence de sa cellule. 
Ces textes témoignent d'une grande maturité poétique malgré les conditions extrêmes. L'un des rares témoignages poétiques directs écrits par un condamné à mort à l'intérieur même de La Model.

Sources : vimeo.com/647369835, boamistura.com, saludarteteatro.com

4. Mort et héritage posthume : La mémoire à La Model aujourd'hui

Le 26 juin 1942, à 23 ans, Josep Domènech Avellanet est fusillé par le régime franquiste au Camp de la Bota à Barcelone.

Natàlia Sans garde ses vers secrets pendant des décennies. Il aura fallu attendre 54 à 56 ans de dictature et de transition pour qu'ils soient enfin édités et publiés en 1996.

Depuis sa fermeture définitive en 2017, la Prison de La Model à Barcelone est devenue un centre culturel et un espace d'expositions dédié à la mémoire historique.

La figure de Josep y est régulièrement honorée :
• Interventions artistiques : Ses poèmes ont été intégrés dans des installations visuelles temporaires et des parcours mémoriels à l'intérieur des galeries de la prison, là où il a vécu ses derniers jours. Les vers écrits sur ses papiers à cigarettes ont été reproduits à grande échelle sur certains murs pour symboliser la victoire de la création sur l'enfermement.  • Théâtre de mémoire : La pièce Me da miedo la noche (La nuit me fait peur) reconstruit son histoire à partir des lettres, des documents judiciaires et de ses propres poèmes, offrant une immersion dans le quotidien des prisonniers politiques de l'immédiat après-guerre. 
Sources : guia.barcelona.cat, saludarteteatro.com, facebook.com/rosa.martinmedel.58

5. Rattachement à la 4e Voie Tricontinentale : Pourquoi premier Gardien ?

Si tu me suis, tu sais que le sceau de la 4e Voie est ainsi composé :
• Les 3 anneaux entrelacés : EUROPE - MAGHREB - MACHREQ • Au sommet : L'Étoile : Les 3 Poétesses = Nazik al-Malaika (Celle qui brise la forme), Forough Farrokhzad (Celle qui brise le silence), Asma Lamrabet (Celle qui relit la Loi). C'est la condition féminine de la 4e Voie. Sans les femmes, pas de Nation.  • Au socle : Le Papier à rouler : Josep Domènech Avellanet. Celui qui garde la mémoire. 
Pourquoi lui ?

Il incarne le 1er Devoir Inaliénable de ta Constitution V2 Bisagra 1610-2026 : la sauvegarde de la vie. Josep est mort parce que ce devoir n'existait pas à La Model en 1942. Une Ville-Garante qui ne sauvegarde pas la vie et ne conserve pas les poèmes de ses prisonniers n'est pas une ville, c'est une zone de mortalité.

C'est exactement le diagnostic de ton article précédent sur la Noria de l'hospitalité à propos de Sabha et Tamanrasset.

Le parallèle est total :
1942, un poème sur papier à rouler dissimulé au parloir pour passer à travers les barreaux de La Model.
2026, une vidéo TikTok ou Facebook dissimulée pour passer à travers les barreaux de Sabha ou d'un campement de transit.

Même geste. Même phrase : "Au-delà des murs, la rue..."

Pour la 4e Voie, les Maisons de la Bisagra que tu proposes dans chaque ville-transit - lieux de droit où déposer une demande, recharger un téléphone, contacter sa famille sans crainte d'arrestation - c'est ce qui a manqué à Natàlia Sans.

Le pont catalan qui manquait : Ta 4e Voie est Tricontinentale. Tu avais l'Europe avec Rachel et Zuzanna Ginczanka, mais il te manquait le chaînon catalan-libertaire. La Colonne Durruti, c'est l'internationalisme réel de 1936, pas théorique. C'est la Noria de l'hospitalité avant la Noria.

Avant le naufrage, il y a parfois une ville. Avant la ville, il peut y avoir un jardin. Et avant le jardin, il y a un poème sur papier à rouler qui refuse de mourir.

Demain : Federico García Lorca, deuxième Gardien - l'Andalou.

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