Pour une Noria de l'hospitalité par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
Migration : Quand la ville de transit devient zone de mortalité
Pour une Noria de l'hospitalité - Réponse à partir de la 4e Voie tricontinentale
Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes - Marseille, 15 septembre 2026
Selon l'article publié ce jour par Travel Card Journal, le récit de la migration clandestine est souvent construit autour de deux images : le désert et la mer. Entre les deux existerait pourtant un monde moins visible : celui des villes de transit.
Pour le migrant qui n'a plus les moyens de poursuivre sa route, le transit cesserait d'être une étape pour devenir une situation d'enfermement.
La mortalité invisible
Selon le même article, cette réalité prendrait une forme concrète dans certaines périphéries urbaines : terrains vagues, friches, zones industrielles devenant lieux de regroupement, campements de fortune faits de bâches, cartons, bois et tôles.
L'article cite plusieurs données récentes :
• Selon l'OIM, 3 845 migrants originaires d'Afrique de l'Ouest et du Centre seraient morts ou disparus en 2025 sur les routes vers l'Europe, estimation minimale. • Selon le rapport conjoint du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme et de la MANUL de février 2026, au moins 250 migrants dont 175 mineurs auraient été arbitrairement détenus à Sabha. • Selon une communication des procédures spéciales de l'ONU de juin 2026, plus de 7 400 migrants et réfugiés auraient été soumis depuis 2023 à des disparitions forcées et détentions arbitraires entre Tunisie et Libye.
Selon l'auteur, la frontière entre criminalité, traite et appareil de contrôle pourrait devenir particulièrement poreuse, et ceux qui devraient pouvoir protéger seraient parfois perçus comme une menace. Les témoignages, souvent diffusés sur TikTok et Facebook, décriraient rançons, tortures et attente.
Selon l'article, une personne morte de déshydratation, de maladie ou de violence dans un campement informel peut disparaître presque sans trace.
Ce diagnostic d'une mortalité invisible appelle une réponse doctrinale. La doctrine de la 4e Voie tricontinentale Euro-Méditerranéenne & Africaine - Al-Andalus, Preuve et Programme, permet d'en poser trois.
1. Donner un statut juridique à la ville de transit
Al-Andalus (711-1492) n'est pas une nostalgie mais une preuve historique : 8 siècles de pluralisme juridique, de protection des minorités et de co-administration urbaine à Cordoue. Ce n'était pas une tolérance morale, c'était une structure sociétale ouverte.
A partir de ce précédent, il est possible de penser un Statut de Ville-Garante du Transit. Dans le projet de Constitution V2 Bisagra 1610-2026, le premier des 5 Devoirs Inaliénables est la sauvegarde de la vie.
Une ville comme Tamanrasset, Sabha ou Sfax ne peut rester un no man's land juridique. Elle doit devenir un lieu où le devoir d'hospitalité est opposable, où le droit du passant prime sur son statut administratif.
2. Compter ceux que les statistiques ne voient pas
Sans visibilité, pas de protection. L'OIM rappelle elle-même que ses données sont des estimations minimales.
La proposition est la création d'un Observatoire Tricontinental de la Noria, indépendant des États de transit, composé de 150 Gardiens tirés au sort parmi les citoyens euro-méditerranéens et africains.
Sa mission : cartographier les campements, nommer les disparus, documenter les rançons et les violences, à partir des témoignages numériques.
3. Remplacer l'économie de la rançon par l'économie du jardin
Selon l'article, lorsque les voies légales sont rares et que les ressources s'épuisent, la vulnérabilité devient une monnaie d'échange. Les mécanismes de traite peuvent produire leurs propres relais parmi les migrants eux-mêmes.
La 4e Voie propose de substituer trois outils andalous à cette économie de la vulnérabilité :
• Shura (consultation) : Des Maisons de la Bisagra dans chaque ville-transit, lieux de droit où déposer une demande, recharger un téléphone, contacter sa famille sans crainte d'arrestation. • Ijma (consensus) : Remplacer les campements de tôles par des jardins nourriciers coopératifs. Une Noria où 1 euro cotisé à Nîmes ou Almería finance 1 journée de travail digne au sud. Les archives familiales montrent que les jornaleros d'Águilas de 1854 et les veuves journalières de Misserghin de 1903 connaissaient déjà cette attente du journalier migrant. Leur réponse était la terre, pas la bâche. • Ijtihad (effort d'interprétation) : L'article 18 du projet de Constitution pose le Référendum d'Initiative Citoyenne comme mécanisme central. Et si la parole était donnée à ceux que l'article décrit comme ne pouvant ni avancer ni revenir ?
Selon la formule qui conclut l'article source : avant le naufrage, il y a parfois une ville. Avant la ville, il peut y avoir un jardin.
Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes, dit Stéphane Parédé, est théoricien politique, auteur de La Nation Arabe et la Démocratie (Éditions Vérone, janvier 2026) et du projet de Constitution V2 Bisagra 1610-2026.