Maricuela et Maria : La Soie et le Puits - Deux mères de l'exil (1896-2024) Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
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Maricuela et Maria : La Soie et le Puits - Deux mères de l'exil (1896-2024)
Par Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes - Nîmes, 17 Septembre 2026 - Oujda-Cartagena-Nîmes
Il y a des vies qui ne se sont jamais croisées et qui pourtant s'attendaient.
1896 - Almería - Le couffin en soie.
Ma grand-mère Maria De La Concepción naît à Almería. On ne connaîtra jamais ses parents. On sait une chose : l'un des deux était d'une famille aisée, propriétaire terrien probablement, de la vallée de l'Andarax ou de Vera.
On l'abandonne bébé, enveloppée dans de la soie, devant le tour du couvent des soeurs. Ce n'est pas la misère qui l'abandonne. C'est la honte d'une société de caciques. La soie, c'est le message : "Prenez-en soin, elle vient de chez nous". Les soeurs lui donnent le prénom de l'Immaculée : Maria De La Concepción. Celle conçue sans péché. Pour laver la faute.
À 9 ou 11 ans, elle traverse avec les soeurs vers Misserghin, Oranie. Là où les Pères Blancs ont l'orphelinat agricole.
1918 - Blimea - Le puits.
Ángeles Flórez Peón, dite Maricuela, naît en 1918 à Blimea, dans les cuencas mineras des Asturies. Moi je porte Mazarrón dans mon nom. Deux bassins, une même classe. Les mineurs.
À 16 ans, en octobre 1934, elle perd son frère Antonio, assassiné à Carbayín pendant la répression. C'est ce deuil qui la fait entrer aux Jeunesses Socialistes.
Maria est cachée par la soie des riches. Maricuela sera cachée par le puits des pauvres. En 1934, à Mazarrón, on jette les enfants dans Balsa Chica. En 1948, à Laviana, on jette 22 mineurs socialistes vivants dans le Pozo Funeres avec de la dynamite et de l'essence.
Deux façons de faire disparaître en Espagne.
Misserghin - Saint-Éloy-les-Mines : le même exil français.
Maria rencontre à Misserghin mon grand-père François Parédé, fils de Francisco Paredes (1854-1903, Águilas, journalier sans terre) et de Josefa Escarabajal (1870-1942, Mazarrón, veuve à 33 ans, qui porte seule la lignée). Ils s'épousent le 20 janvier 1915 à Oran. Deux orphelins : le fils du sans-terre et l'enfant de la soie.
Maricuela connaît Saturrarán en 1938, la plus grande prison pour femmes du nord, sur la plage de Mutriku. 3000 à 4000 femmes y passent, 156 femmes et 38 enfants y meurent. Condamnée à 15 ans puis 9 ans pour avoir été milicienne à Colloto.
En mars 1948, elle rejoint son époux Graciano Rozada à Saint-Éloy-les-Mines, en France. Près de 60 ans d'exil.
Mon grand-père François, lui, perd tout en 1962 à 68 ans, exilé dans le Nord de la France. Il meurt en 1965 d'épuisement et de chagrin. À sa mort, Maria ne reste pas dans le Nord. À 69 ans, elle redescend à Nîmes, au soleil, au plus près d'Almería. C'est elle qui me prépare ma terre. Mon père démissionne de Poissy et la suit. Je nais à Nîmes le 19 juin 1974.
Deux exils français. Deux retours vers la terre.
2014 - 2024 : Deux mémoires qui s'allument.
En 2014, à 95 ans, Maricuela se met à Facebook pour que l'histoire de sa génération ne se perde pas. Elle publie Las sorpresas de Maricuela en 2013, ses Memorias en 2018.
Ma grand-mère Maria meurt en 1990 à 94 ans. Je l'ai connue. Elle est la mémoire vivante entre Paredes et moi.
Maricuela part le 23 mai 2024 à Gijón, à 105 ans, dernière milicienne. Elle repose depuis le 6 septembre 2025 au Pozo Funeres, là où 22 mineurs furent jetés en 1948.
Maria reposait déjà.
Quand j'ai écrit "Pourquoi je suis né - Le Pacte de la Soie et de la Terre", je croyais écrire sur ma famille. En fait j'écrivais sur elles deux.
La Soie : Maria, l'enfant cachée par les riches, qui a traversé la Méditerranée pour me donner une terre à Nîmes.
Le Puits : Maricuela, l'enfant des mineurs qui a traversé la répression, la prison, l'exil, pour me donner une fidélité.
Je ne fais pas de la politique. Je règle la dette.
Et je comprends aujourd'hui pourquoi j'ai restitué hier mon nom complet : Escarabajal Parédé-Paredes. Parce qu'on ne défend pas la mémoire des peuples en amputant la sienne.
Maricuela disait : "La vida merece la pena si se lucha".
Maria ne disait rien. Elle avait été abandonnée dans de la soie. Elle a tout fait en silence : traverser, épouser, porter, redescendre à Nîmes à 69 ans pour que je naisse.
Deux mères. Deux exils. Une même fidélité.
Stéphane Escarabajal Parédé-Paredes
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Mes grands-parents Maria & François Parédé
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François et Maria Parédé et leurs enfants (mon père le plus jeune né en 1937 sur les genoux de son père mon gran-père maçon).
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